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Des groupes de parole : une réponse à la crise de la viticulture

Une remarquable expérience proposée par des assistants sociaux de la MSA qui mériterait d’être encouragée, multipliée et vivement soutenue

DES GROUPES DE PAROLE :

UNE REPONSE A LA CRISE DE LA VITICULTURE.  mars 2007

Depuis la fin des années 90, les travailleurs sociaux de la MSA, dans le cadre de leur mission d’accompagnement des personnes en difficulté, ont vu apparaître un mal être chez les viticulteurs du Beaujolais.

Un traumatisme humain

Plusieurs crises précédentes nous avaient amenés à accompagner des situations de cet ordre ; mais il s’agissait essentiellement de crises conjoncturelles et donc limitées dans le temps ; les viticulteurs concernés ont pu retrouver pied rapidement.

La nature de la crise actuelle, de par sa durée et son ampleur, donne des répercussions très différentes à ce que nous avions connu jusque là, et elle se décline en multiples facettes.

Si en premier lieu, elle se traduit sur l’aspect économique  des exploitations, elle atteint plus lentement et sournoisement les personnes. Les effets de la crise actuelle ont une répercussion très importante et toute particulière sur la vie quotidienne des viticulteurs et se manifeste dans une crise humaine, sanitaire et sociale :  apparition de tensions, de stress de déprime, de report de consultations et de soins … Enfin elle touche l’aspect identitaire des viticulteurs pris en étau entre l’héritage générationnel et un échec professionnel.

Prise dans cette globalité et cette multiplicité, la crise actuelle provoque un traumatisme humain qui se traduit par un mal être qui abat et qui ronge les personnes de l’intérieur entraînant un repli sur soi et un isolement dont il va être très difficile de sortir. Un autre effet de ce traumatisme est d’entraîner les gens dans un sentiment d’impuissance et de culpabilisation qui freine toute initiative.

Donner une réponse au plus près

Ce mal être est mal vécu par un grand nombre de viticulteurs à cause des réponses données par les Politiques et les Instances Professionnelles. Beaucoup nous disent que les réponses sont avant tout structurelles et portent sur les structures d’exploitations : baisse des rendements, prime à l’arrachage, aide à la reconversion … et non sur les personnes. Ils ont le sentiment d’être exclus ou considérés comme des mauvais qu’il faut éliminer.

Ce discours, souvent répété et en net augmentation depuis ces derniers mois, a amené les travailleurs sociaux de la MSA à prendre en compte cet aspect de la crise et de mettre en oeuvre une réponse adaptée. Les multiples entretiens avec les viticulteurs en difficultés, en particulier dans l’accompagnement des viticulteurs bénéficiaires du RMI, nous ont permis de constater un immense besoin de communiquer et en même temps une très grande difficulté  à le faire. Dès lors il nous a paru nécessaire de répondre à cette demande par une approche personnalisée qui prenne en compte à la fois :

~ Le constat des limites inhérentes aux réponses techniques, économiques ou informationnelles.

~ La nécessité d’un contact individuel au plus près : « aller voir les gens, retisser du lien, redonner de l’énergie» avant de penser à impulser une démarche professionnelle, voir collective.

~ Proposer une écoute personnalisée et une aide à la reconstruction de son identité.

Il s’agit donc, sans négliger le traitement politique, professionnel et technique, de «remettre de l’humain» dans cette crise, comme nous disait un viticulteur.

Trouver en soi l’énergie pour rebondir

La mise en place d’un groupe de parole nous a semblé une réponse très adaptée à cette demande. Mais nous devions tenir compte que les viticulteurs concernés et désireux de participer à un groupe de parole ne se considéraient pas en demande de soin et ne souhaitaient pas une démarche psychologique.

Nous avons donc choisi de proposer un groupe d’échanges, de partage d’expériences et de difficultés qui permet au groupe de trouver en interne ses propres ressources pour aider les membres à rebondir : permettre aux viticulteurs de parler de ce qu’ils vivent et de comment ils le vivent avant d’avancer plus loin.

Fonctionnement

Le fonctionnement du groupe est basé sur la conviction que chaque personne a des compétences et que le groupe doit permettre de les mettre en valeur et de les enrichir par la confrontation à d’autres expériences. Le groupe est animé par des assistants sociaux de la MSA. Il se réunit à raison d’une demi-journée toutes les trois semaines. Le groupe peut recevoir 15 personnes et il est impératif de s’inscrire au préalable.

Partenariat

Cette action bien qu’essentiellement portée par la MSA, a été validée et s’inscrit directement dans l’action PREVI ( Plateforme d’accueil et d’aide à la Reconversion professionnelle des Viticulteurs ) Elle a été reconnue comme un préalable indispensable pour bon nombre de viticulteurs avant que la Plateforme PREVI puisse les prendre en charge.

La Mairie de Limas, sollicitée parce que géographiquement centrale sur le territoire beaujolais, met à disposition des locaux municipaux pour le déroulement des groupes de parole.

 

Les Freins à la sortie rapide des vignerons en difficultés.

« Si les vignerons étaient tous salariés, il y a longtemps que le Beaujolais aurait fait faillite! »

Les conditions de départ

Pour un fermier, les contrats de location imposent dans le meilleur des cas un délai légal de dédite de 18 mois avant la fin du bail, sur un bail de 9 ans. En métayage, le délai est également de 18 mois en fin de période triennale de 3 – 6 ou 9 ans.

La rupture de contrat abusive par le vigneron, le départ précipité, unilatéral sans dédite ni délai, équivalent à de l’abandon de culture qui mène à des dommages et intérêts.

La cause la plus fréquente de départ rapide, c’est l’absence de contrat d’achat du négoce  : le vigneron rate le marché primeur, espère vendre au printemps, mais le second marché est étroit et si la chance n’est pas au rendez-vous, le chiffre d’affaires espéré se transforme en déficit: « le vigneron est pendu ».

~ Il lui reste alors 6 mois de préavis pour partir après vendanges, si le propriétaire accepte le départ hors délais. Parfois, ce dernier exige du vigneron qu’il fasse un an de plus pour avoir le temps de se retourner et retrouver un autre vigneron.

~ Le bailleur ne veut plus reprendre ses vignes devenues libres.

~ Parfois, il récupère la totalité des primes d’arrachage en compensation, en forçant l’accord du vigneron « partant ».

~ Toutes sortes de marchandages peuvent se réaliser dans le secret.

~ Les arrachages-primes ONIFLOR. La règle :  soit accord des 2 partis, soit le vigneron fait le travail

– en métayage, le bailleur fait la demande et touche la prime

– en fermage, le fermier fait la demande et touche la prime.

Les recommandations syndicales FDSEA plaident pour le partage paritaire de la prime dans la majorité des situations (esprit de la loi). On remarque la position de faiblesse du métayer qui n’a aucune accroche pour toucher la moitié de la prime; le fermier est en meilleure position car il monte le dossier et touche la prime directement.

Les freins

  • L’expérience montre en général que le plus fort ne partage pas volontiers : celui qui touche la prime la garde souvent.
  • Les pouvoirs publics gérant la crise n’ont pas fait le travail jusqu’au bout, en renvoyant les partenaires au contrat privé (loi des parties) et à l’ancien traditionnel rapport de force : Capital-Travail, sans autres règles précises que la contre-signature exigée du partenaire : il n’y a pas d’obligation à arracher un pourcentage défini. Il y a même la possibilité de replanter (« c’est un peu gribouille ; chacun voyant midi à sa porte »).
  • Le vigneron-propriétaire (exploitant direct) est atteint par la crise de la même manière que les autres. Parfois même plus, s’il vient d’acheter le foncier bâti et non-bâti financés par emprunt; la banque le « tient », il est libre de quitter le métier. Ces dettes peuvent être honorées par la vente de ses biens: la maison, c’est facile, mais pour les vignes quasiment impossible (pas d’acheteurs, pas de prix).
  • La majorité des vignerons en difficultés sont dans des situations mixtes : La première dizaine d’années après l’installation est la plus fragile face à la crise : fort endettement à long terme, manque de capitaux propres, charges de famille. « Ils n’ont pas de matelas, ils dorment sur les cailloux. »
  • La retraite et la pré-retraite permettent aux anciens de se retirer modestement mais décemment.
  • A signaler: quelques rares cas de locataires-vignerons ont réussi à transformer leur statut pour celui de salarié « à grand gage » sur le même domaine viticole. Cette conversion suppose le bon vouloir du bailleur qui doit bien aimer les vignes, le vigneron, le goût du risque de l’entreprise comparés au statut de rentier, et avoir des finances extérieures.
  • La CMU-C et le RMI sont possibles mais il est anormal que le déficit agricole ne soit pas déductible des autres revenus, comme pour l’impôt. Pour apprécier les ressources du ménage, le réel fait barrage aussi.

Le logement

2 questions : le logement vous appartient-il ? – Avez-vous des dettes ?

  • On découvre avec la crise que seul le logement intéresse les créanciers. Le stock de vin, les vignes, le matériel, les bâtiments professionnels n’intéressent personne (« Si tu les as, tu les gardes »). Si déjà, il est dur pour une famille de quitter son métier, s’il faut en plus vendre sa maison, ça devient dramatique; surtout si plusieurs générations ont toujours été là, sans interruption, travaillant la vigne (les vieilles familles) ; ce sont les racines du terroir, la mémoire, le voisinage, le réseau environnemental, une culture.
  • Pour les vignerons logés dans le cadre d’un bail rural : la règle en fin du bail est qu’ils doivent quitter l’habitation en même temps qu’ils cessent d’exploiter. Le maintien dans les lieux n’existe pas, sauf par accord privé : bail en famille, indivision, entretien gardiennage, ou dans le cas d’habitations anciennes sans confort qui ne peuvent plus être relouées en l’état (mise aux normes coûteuses). Trouver un logement sans trop se délocaliser est une galère en milieu rural ; on passe de la maison vaste pour les vendanges à l’appartement minuscule. Peu de logements sociaux, et donc risque de logements provisoires de dépannage amical ou communal (mobilhomes). C’est donc la précarité ou l’exil en banlieue proche du bassin d’emploi envisagé.
  • Dans cette situation, comment faire avec les stocks de vin, le matériel, les équipements spécifiques viticoles devenus invendables ? – Les outils de l’ancienne richesse deviennent bien encombrants. Comment fait-on pour libérer les lieux ? – Il est impressionnant d’évaluer le poids et le volume du matériel et équipement, et tout le fourbis nécessaire pour que l’entreprise tourne. Le plus simple est de tout abandonner sur place:  enlèvement au prix de la ferraille, faire brûler le reste, en faire cadeau au bailleur ou re-preneur éventuel. C’est un crève-coeur de voir ces ensembles professionnels complets, en état de fonction, abandonnés, détruits, dispersés au hasard, ou le démantèlement des sièges d’exploitation plus ou moins reconvertis à d’autres usages. Cela plombe pour longtemps les chances de reprise des vignes nues, même si on pense encore à une sortie de crise, sinon la friche gagnera.

Le départ des plus jeunes, c’est la perte du savoir faire qui se transmet entre générations. La pyramide des âges est sur la pointe, c’est un grand gâchis de l’outil de travail créé avec patience et longueur de temps. Le vaincu, qui n’a pas pu passer le témoin car il n’y a personne pour le reprendre, devient liquidateur improvisé et pressé. « Si ça ne gagne pas~ ça débarrasse ! … » On hésite à partir définitivement, et toutes sortes de solutions boiteuses seront essayées pour reculer l’évidence que c’est le début de la fin. La solution la plus courante pratiquée, à tout âge, c’est la double activité en diminuant les surfaces de vignes pour se libérer du temps partiel salarié (un pied dedans, un pied dehors, pas trop longtemps en attendant que ça aille mieux). L’aide des parents retraités est très appréciée pour ce jeu.

Les dettes

On arrête car on ne gagne plus sa vie en travaillant, et qu’on perd de l’argent depuis des années : situation d’esclavage moderne, produire à perte sans fautes.

La procédure AGRIDIFF ou de dépôt de bilan peut atténuer l’endettement par étalement ou effacement partiel ;  mais c’est le parcours du combattant, pénible et long. Il faut rebondir en trouvant un nouveau métier, les stages de reconversion ou de formation (rémunérés ?) seront les bienvenus pour se reclasser localement. Un diagnostic global aidant à la prise de décision de s’arrêter ou pas, doit être précoce dès que les feux orange passent au rouge. Faire une année de plus, c’est souvent l’année de trop qui vous enterre (PREVI ?).

La santé

Que des vignerons qui se battent encore dans leurs vignes tombent malade n’étonne pas : par le stress, le surmenage, l’épuisement physique et moral, le dépression, l’alcoolisme, la révolte, la violence, ou le « Je-m’en-foutisme ». On marche à l’adrénaline, à la punition. On est vécu comme les « pas bons »,  souvent isolés par exclusion sociale. Parfois la famille éclate. Il est difficile de communiquer, d’échanger ses soucis.

Sociologie – sentiment – émotion – tradition

L’idéologie du patrimoine qui se transmet à l’autre génération est un devoir fort. Il faut un héritier qui reste. On ne vend pas la terre. Le prix de cette sorte de solidarité devient une dépendance. Les parents qui rangent leurs affaires ou pensent le faire, pèsent encore sur les décisions. Ils gardent le pouvoir, et l’argent (usufruit). Ils sont généralement hostiles à un bouleversement de l’ordre éternel des champs : c’est le modèle patriarcal autoritaire (on s’y soumet ou on n’y entre pas).

  • L’espérance de vie allonge les transmissions: 2 générations de retraités pour une qui travaille. Si l’héritier virtuel veut partir, il sera traité d’ingrat ou de déserteur. – « C’est la vigne de la grand-mère, du tonton, du parrain ; si les anciens revenaient et voient ça, ça va barder ! »
  • Pour éviter la brouille familiale, il aura du mal à partir à temps, son intérêt n’est pas prioritaire. Il agit par convenance, par devoir.
  • Un autre modèle plus citadin, dit moderne, libéral, avec la famille nucléaire réduite (parents-enfants) a véhiculé des idées plus souples, plus autonomes, « perso » (« chacun sa merde »):  Propriété vite achetée, vite vendue, « bail précaire ». C’est la génération Kleenex, qui zappe pour s’adapter aux opportunités de la vie sans attendre la permission des anciens. L’intérêt à court terme est prioritaire. Il  favorise le crédit et l’endettement, le banquier est l’acteur obligatoire qui prend ses garanties.

L’un a tout vendu, l’autre rien du tout, c’est Jean qui rit, Jean qui pleure. Au milieu, les tristounets ne savent pas de quel côté ils penchent. Ils attendent le prochain coup de vent pour voir s’ils tombent. Le marché primeur est un jeu de Poker avec une première manche, la revanche, et la belle :

  • Si tu perds à la première manche, tu distilles.
  • A la deuxième, tu distilles et tu arraches: tu perds.
  • A la troisième, tu dégages, et tu payes l’ardoise des 3 ans.


La crise conjoncturelle est devenue structurelle, forte et durable (la mondialisation, l’OMC, les prix mondiaux, les charges françaises). La méthode libérale pour gérer la crise, c’est d’augmenter les inégalités entre les vignerons, créer une hyper-concurrence face au marché pour les trier selon le degré de résistance.

Conséquence : on purge le vignoble en surface et en hommes, tant que la production ne s’abaissera pas en volume au niveau de la commercialisation possible. Le prix du Beaujolais ne remontera pas en tendance lourde, il baissera encore. Il faudra que le vin manque pour se revaloriser. L’intervention des pouvoirs publics peut changer la donne. Depuis 2 ans, les aides européennes sont devenues classiques, nécessaires mais insuffisantes.

  • Aide au produit : le vin (distillation, dossier facile à faire)
  • Aide à la terre : arrachage définitif (dossier très difficile, accord des ayants-droits)

Il n’y a pas de plan social à la personne

Le vigneron en difficulté, on le connaît, parfois depuis longtemps, mais on ne reconnaît pas. On connaît ses déclarations de récoltes au litre près, on connaît son CVI par GPS au cep près. Il faut un plan social pour les vaincus partant avec des dettes. Ce ne sont pas des bêtes que l’on envoie à l’abattoir sacrifiées sur l’autel des parts de marché.

Aux pouvoirs publics de proposer des solutions humaines pour ceux qui doivent ou choisissent de partir. Mais cela doit se faire dans la dignité, car la vie continue. Il faut pouvoir encore se regarder en face.

Extrait de  « Je suis venu te dire …. « 
Témoignages de viticultrices et de viticulteurs du Beaujolais –
Groupe de paroles  « PARLER POUR REBONDIR »
MSA 69  / Mars  2007

Témoignages de viticultrices et de viticulteurs du Beaujolais en difficultés

Paroles de viticultrice – 1

De génération en génération, nous sommes dans la viticulture. D’année en année, le poids du coût de production, la très forte baisse des cours du vin nous obligent à agrandir nos exploitations, multipliant les surfaces par 3 voire 4. Tout ceci entraîne beaucoup plus de travail, moins de disponibilité pour la famille, peu ou pas de vacances.

Qui accepterait de travailler beaucoup plus et recevoir un salaire de misère ? – Voire même aucun salaire pour celui qui n’arrive pas à vendre ? – Comment continuer alors que chaque jour nous perdons de l’argent ?

Le RMI nous aide aux dépense de la vie courante. Nous avons honte et nous évitons de parler de notre situation. Comment faire comprendre aux non-viticulteurs nos problèmes de trésorerie alors que nous possédons des terrains, des véhicules, des bâtiments, indispensables  à la bonne marche de l’exploitation ?

Et les 35 heures ? – Que deviennent-elles dans tout ça ? – Car en plus du travail des vignes vient s’ajouter un travail de secrétaire comptable de plus en plus contraignant et incompréhensible.

Que penser de notre vie de couple, quand 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, nous sommes ensemble ? –  Il n’y a plus de week-end pour se changer les idées. Tout tourne autour de nos problèmes sur l’exploitation. Pour l’instant, il y toujours l’un de nous pour positiver, pour pousser l’autre à travailler. Mais jusqu’à quand …

La journée on s’abrutit au boulot, la nuit, les soucis prennent le pas sur le sommeil.  On  nous reproche beaucoup trop souvent d’abandonner le paysage Beaujolais. Ceci n’est pas  notre priorité, nous allons bientôt crever la bouche ouverte et tout le monde s’en fout.

Quand une entreprise parle de licencier, cela fait la une des journaux et de la télé. Aussitôt, une aide psychologique est mise en place. Que font nos instances pour nous aider à  surmonter cette crise ? – Quelqu’un a dit: « Ceux qui doivent crever n’ont qu’à crever ».

Nous ce qu’on veut :

~ C’est ne plus voir souffrir nos aînés qui ont mis tant d’années, tant de coeur et d’acharnement, malgré des années difficiles, à construire un patrimoine pour leurs enfants.

~ C’est ne pas voir nos économies fondre pour quelque chose qui peut-être va disparaître.

~ C’est arrêter de s’entendre dire que nous avons eu de belles années, que nous sommes libres de nos horaires, et que nous avons la chance de travailler en plein air.

~ C’est ne plus entendre de critique sur le Beaujolais, seule cible de ceux qui ne le connaissent pas, et ne veulent surtout pas le connaître. A ces personnes nous disons : « Venez le goûter dans nos caves, vous l’adopterez ».

~ C’est pouvoir continue à aimer notre travail, alors que tout nous pousse à le détester.

Vendre notre vin et vivre de notre métier, est-ce trop demander ? – Que faire ? –  Arrêter ou continuer ?

Ecoutez-nous !  –  Entendez-nous!

Au secours  ! – Aidez-nous   !!!

Paroles de viticultrice – 2

Ce n’est pas une nouvelle si nous vous disons:

~ Que le Beaujolais est en crise

~ Que le Beaujolais s’enlise

~ Que la situation viticole se dégrade.

Nous nous dirigeons vers le plus mal, le plus bas. Nous sommes tous viticulteurs, viticultrices, et par ce témoignage, nous voulons dire notre mal-être, notre ressenti. Car tout est « à l’envers » dans notre situation. Normalement, toute personne qui n’a pas de salaire, n’a pas de travail. Or, nous croulons sous le travail, qui comme chacun ne le sait pas, est essentiellement manuel ; notamment les heures passées l’hiver dans cette tâche qui est la taille.

Comme le monde viticole n’est pas quémandeur, nous n’avons pas l’habitude d’attendre des aides. Donc, beaucoup d’exploitants, face à la mévente qui s’est amorcée depuis quelques années, ont agrandi leur exploitation par un fermage ou un métayage (parfois vinifié en cave coopérative). Tout cela implique un surcroît de travail, qui hélas, n’apporte pas les revenus escomptés.

Qui accepterait à votre avis de travailler sans revenu ?

Nous ne faisons pas, ou ne ferons plus face longtemps aux échéances que nous réclament la MSA, le Trésor Public, ou autres assurances (d’ailleurs, la plupart d’entre nous ont fait appel au guichet unique).

Les jeunes sont bien-sûr découragés, déçus ! Ils ne comprennent pas qu’en se levant le matin de bonne heure, en allant au travail, en faisant celui-ci comme il faut, notamment en ayant fait pour ces 2 dernières récoltes des vins de haute qualité, ils soient pénalisés comme ils le sont.

A l’époque des loisirs, ces jeunes ont l’impression d’être marginalisés. Ils ne partent pas en vacances. En effet, durant les « pauses » de travail viticole, comme ils se sont inscrits dans les organismes d’intérim, ils remplacent ceux qui sont en vacances. Et là, parfois, ils sont étonnés, qu’en faisant si peu, ils soient payés aussi bien.

Et que dire des plus jeunes – Ceux qui encore au collège – aimeraient bien « faire ce métier ». Peu ou pas d’inscription dans les lycées viticoles. La filière viticole n’a plus beaucoup d’adeptes, laissant présager un avenir plus qu’incertain quant au devenir des exploitations !  Restent les autres, les trentenaires, les quadras, les quinquas, souvent endettés par l’achat du matériel ou du foncier. Bon nombre d’entre eux consacre leur week-end à « courir le pays » pour vendre leur produit, faisant également la promotion du Beaujolais.

Bien-sûr dans ce cas, durant ces déplacements, les enfants sont délaissés, causant aux parents un désagréable sentiment de culpabilité. Quant aux plus âgés, ceux qui arrivent « en fin de carrière », si ils en ont fini avec leurs prêts, l’inquiétude est moins grande.

Mais qu’il y ait encore des dettes (banques, MSA, fournisseurs … ) alors là, leur situation est critique. Et actuellement, il n’y a aucune solution en vue. Et puis il y a l’incompréhension de voir leur patrimoine partir à « vaux l’eau »; car pour certains, il n’y aura pas de suites. Ils avaient bien-sûr compté sur ces éventuels revenus, pour améliorer leurs petites retraites.

Et que dire de la déception, de l’amertume, de voir des années de travail se transformer en friches ?

Aussi, avant que le Beaujolais ne devienne une immense jachère, une région peuplé de dépressifs, de suicidaires, de révoltés, il faut trouver des solutions. De notre côté, nous n’en avons plus ! – Tout est bouché, le ciel est noir ! Alors, à notre place que feriez-vous ? – Voulez-vous être demain, les représentants, les défenseurs de cette région à ce jour encore belle, mais qui va droit à sa perte ? – Ça ne sera plus « le pays Beaujolais, j’y vais ou j’en viens », ce sera : « Le Beaujolais est certes encore là, mais cherchez le derrière ses friches, ses ronces et autres bourbiers ». Il faut réagir pendant qu’il est encore tant !

C’est un véritable SOS que tous viticulteurs et viticultrices nous vous lançons ! –  Ecoutez-nous ! Entendez notre détresse, notre désarroi, notre découragement, notre tristesse et aussi notre colère.

Les gens de la terre sont souvent des « taiseux », alors si ils se « livrent », c’est qu’il y a de quoi !

Aidez-nous ! – Nous n’en pouvons plus !


Paroles de viticultrice – 3

On m’a demandé d’apporter mon témoignage à ce qu’il est convenu d’appeler « la crise viticole », de dire mon ressenti face à cette situation.

N’étant pas toute jeunette, je n’ai sans doute pas les mêmes réactions qu’une viticultrice moins âgée. Et pourtant, je suis « révoltée ».

  • Révoltée par le silence en Beaujolais qui entoure cette crise.
  • Révoltée par la lenteur des mesures mises en place, par la lenteur de « nos instances » à reconnaître la profession en difficultés.
  • Révoltée par le manque de solidarité: la publicité quant aux formulaires à remplir, reçus en Mairies et concernant des aides, n’a pas été l’apanage du bouche à oreille.
  • Révoltée d’être obligée de toujours et encore travailler.
  • Révoltée de travailler sans revenus.
  • Déroutée aussi, car on nous a tous appris que c’était en travaillant qu’on gagnait sa vie !
  • Révoltée de finir « notre carrière » dans de si mauvaises conditions.

Bien-sûr, je suis avec l’âge, plus apte à prendre du recul. Alors, « je navigue à vue » et je ne veux surtout pas me laisser bouffer par cette situation. A l’ère des RTT, comment sommes-nous considérés par les autres, ceux qui ont « une vie normale »?  – Quand courbée dans les vignes, je vois passer des équipes de randonneurs, des cyclistes, je me dis qu’ils doivent se demander ce que nous faisons ainsi des jours durant … Et si en plus ils savaient que ça ne paye pas !

Pour l’instant, nous « errons » dans une situation incompréhensible, chargée de vilains nuages, et avec dans l’immédiat, vraiment peu de solutions. Il y aura sans doute un mieux, mais quand ?

Les jeunes ont l’âge et l’énergie pour se battre. Mais nous, les plus âgés … ? – Pour ma part, j’aurais été ravie, après avoir beaucoup travaillé de pouvoir aborder cette seconde vie qu’est la retraite, sereinement. Alors certains jours, pour éviter l’amertume, le découragement, je préfère n’être que hargne et grogne, et me dire comme le chante avec talent l’irrévérencieuse Lynda LEMA Y, qu » ‘il y a toujours un paradis quelque part ».


Paroles de viticulteur – 1

Ces quelques mots pour dire ma détresse, mon angoisse, ma morosité. Quand je me lève, je pense à mon acompte de cave coopérative qui ne va pas suffire pour payer mes factures, ma MSA .

Mes revenus sont tellement faibles que je ne peux pas payer ma pension pour mes 2 enfants à mon ex-épouse. En effet, la précarité a fait éclater notre couple. Déjà en 2003, suite aux évènements climatiques, j’ai produit une moyenne de 20HllHa. Cela a fini de me remettre dans le trou financier. J’avais déjà des problèmes avant cette année 2003, mais je pouvais les résoudre. Maintenant avec le prix du vin très bas (même en cru), je survis de jour en jour.

Je vais tailler parce que c’est l’habitude. J’essaye de ne pas penser à mes ennuis. De plus, la solitude me contraint à une vie au ralenti, ce qui me ramène à la réalité. Dès que j’ai un moment de repos, mon stress revient. La révolte me prend dans les moments de colère. Mon avenir est bien compromis. J’ai toujours travaillé dans les vignes, et je crois que je mérite un salaire digne. Je suis aussi obligé de prendre des anti-dépresseurs.

Je suis chasseur dans l’âme. Cela m’aide à oublier mes ennuis, et puis quand je regarde la nature autour de moi, je me demande comment nous allons faire pour entretenir notre environnement si des vignes deviennent des friches dans nos coteaux.

Quand je rentre de la vigne à midi, l’angoisse redouble quand je pense à ma boîte aux lettres.


Paroles de viticulteur –  2

Viticulteur depuis 1994 et acteur touristique, je voudrais intervenir sur les conséquences de cette crise viticole au sujet de la santé et de la famille.

Le Beaujolais est un beau pays, mais très assombri par de gros nuages de crise. Sur cette image, on voit des viticulteurs qui semblent se sortir d’affaires, et c’est tant mieux ; mais la majorité se cache derrière cette image. C’est un peu la honte. Tous courbent le dos dans leur coin sans s’exprimer, en espérant que ça ne durera pas trop longtemps car ils n’ont pas envie d’être déracinés de leurs terres comme leurs ceps. Jeunes comme anciens, c’est leur métier, et c’est aussi leur vie. De plus, souvent on les fait culpabiliser en leur collant la crise sur leur dos.  Au fil de cette crise, les viticulteurs s’organisent : l’un va travailler ailleurs, par contre d’autres se déchirent.

Et puis il y a les enfants qui attendent tout de nous, et dont les études sont souvent compromises. Pas question d’avoir une bourse, car avec le système fiscal, vous vous retrouvez avec un revenu, alors que votre cave est pleine et que votre compte en banque est vide.

La crise pèse aussi sur la santé de tous. Le manque d’argent avec un travail dévalorisé de toute part vous met dans une vie au ralenti, c’est-à-dire réduisant les sorties, limitant les loisirs, et à force de tout compter à longueur de journée, et pour éviter de péter les plombs, vous vous retrouvez chez le médecin qui vous prescrit le cachet miracle « pour passer le cap », comme il dit.

Petit à petit, on s’enfonce et ça vous ronge de l’intérieur. Actuellement, ça se concrétise par quelques petits maux de-ci, de-là. Je ne suis pas médecin mais peut-être que d’ici quelques années, ce sera une maladie plus grave qui arrivera ; et avec le temps qui passe, on aura peut-être oublié l’histoire d’aujourd’hui, et on entendra dire : « oui, c’était un viticulteur, et bien-sûr avec tous les produits qu’il a passé …  » Mais moi, je crois plus que ce sera dû à la crise.

Actuellement, faut-il brader son outil de travail à quelques années de la retraite, pour finir son activité je ne sais où ? – Peut-on encore entrevoir un espoir de qualité de vie dans ce vignoble qui nous a permis de vivre et dont nous entretenons, semble-t-il, sa beauté ?

Prendre la décision de cesser son activité viticole

Le contexte actuel en Beaujolais contraint certains viticulteurs à cesser d’exploiter. C’est une décision difficile à prendre, à admettre psychologiquement, lorsqu’on exerce cette activité depuis 15, 25, 30 ans ou plus.

Que l’on soit propriétaire, fermier ou métayer … Que l’exploitation se situe au Nord ou au Sud du Beaujolais … Que l’on soit en coopérative ou vigneron indépendant …

Le critère économique est le seul juge pour dire : tu dois partir, tu n’es pas performant, tu as raté quelque chose … Même celui qui « vend » toute sa récolte est concerné : Le coût de production est supérieur au coût de revient !!!

Des disparités existent :

Il ya le poids du foncier : des vignes achetées très chères lorsque le marché était porteur.

Pour un même chiffre d’affaires, le calcul des revenus de l’exploitation, que l’on soit au forfait ou au réel, fera payer au dernier 4 fois plus de charges sociales et d’impôts que le premier (soit un salaire à moitié ou trois temps annuel).

Nous n’avons pas de patron dans l’entreprise Beaujolais pour nous licencier. On se met nous-même à la porte !!! Quel emploi trouver quand on a qu’une seule qualification ?

Le poids du passé, le poids familial sont pesants : les vignes du père, du grand-père, celles des frères et soeurs … Tout cet entourage qui ne comprend pas notre nouvelle situation !!! Et ces vignes qui sont plantées là, on ne peut pas les délocaliser. Nous sommes malgré tout attachés par nos racines.

Nous n’avons pas le moral. Souvent depuis plusieurs mois ou même des années, les difficultés nous rongent. On s’est « cramponnés » avec l’espoir que cela ira mieux dans quelques temps (comme c’est arrivé plusieurs fois dans le passé). Il y a toujours eu des hauts et des bas … Mais ce bas-là dure longtemps et est profond. Le tunnel s’allonge de jour en jour et la lueur semble de plus en plus loin. L’ESPOIR que nous avons entretenu, « celui qui fait VIVRE » nous a enfoncé un peu plus chaque jour.

Lorsque l’on cesse que deviennent les parcelles non exploitées ? –

Il n’y a pas de jachère en viticulture. La vigne est plantée depuis longtemps, et pour longtemps ; Lorsqu’on la renouvelle, il faut plusieurs années pour qu’elle rapporte économiquement.

Les exploitations ne peuvent pas s’agrandir indéfiniment (pas assez rentables, la peur de passer au « réel », qui augmente les coûts de production).

Arracher nos parcelles ? –

Lorsqu’elles sont bien situées, c’est un non sens qualitatif pour le Beaujolais ; alors que d’autres moins bien placées ou plus difficiles à exploiter (pentes) restent en place. Comment échanger ces parcelles dès que l’on touche au patrimoine privé ? –

Une fois arrachée, que deviennent-elles  ?  – Comment les rendre économiquement intéressantes  ? –

Si l’aide à l’arrachage définitif peut accompagner le propriétaire ou le fermier, les modalités sont contraignantes. De plus, il y a la lourdeur et la lenteur de l’administration. Si une des solutions ajoutées à d’autres, est de supprimer des hectares pour supprimer des hectolitres, des exploitants aussi seront supprimés ! – Ils devront partir dignement et ceux qui resteront (qui pourront continuer le métier qu’ils ont choisi) devront les aider et les accompagner. Ces suppressions ne sont pas qu’un calcul théorique. Il s’agit surtout d’être humain, comme vous et moi, avec tout ce que cela comporte de psychologique et de social.

Paroles de viticulteur – 3

2007, le peu de personnes que nous rencontrons encore nous souhaite leurs meilleurs voeux pour cette nouvelle année. Mais que faire de cette nouvelle année, une nouvelle récolte ? –

En tant qu’élèves disciplinés, nous avons repris notre sécateur et sommes retournés dans les vignes. Pour qui ? – Vu que nous ne faisons que douter sur notre avenir, c’est sûrement pour notre propriétaire qui nous loue ses vignes en métayage (la règle du 50/50: nous payons 50% des charges, et possédons 50% de la récolte).

Il est certain que c’est un très beau domaine, tout est rénové, les vignes bien exposées, la vue magnifique, seule ombre au tableau : la crise viticole, et le vin produit ne se vend pas.

Que faire ? –

Une propriétaire inquiète pour ses métayers : Comment vont-ils faire pour s’en sortir ? –  Est-elle plus inquiète pour eux ou pour ses terres ? – Ce qui la rassure, c’est qu’elle a payé un bail à long terme à son notaire et tout le monde l’a signé. Ses métayers ne partiront pas, la loi est ainsi faite : on ne peut résilier le bail que tous les 3 ans, en ayant envoyé une dédite 18 mois avant la fin de ces trois années.

A-t-on parlé des métayers ? –

Nous connaissons la crise viticole depuis bientôt 10 ans, mais n’avons jamais rien dit. Nous comblons le déficit d’une façon ou d’une autre (famille, banque), mais aujourd’hui nous n’assumons plus. Nos 3 enfants nous remettent les idées au clair. Trop c’est trop. Nous n’arrivons plus à faire vivre notre exploitation, et notre famille non plus. Pourtant notre vocation, notre métier est viticulteur, nous sommes sûrs que c’est ce qui nous convient. Si nous avions fait un mauvais produit, mais non, nous y avons mis tout notre coeur : aucun refus d’agrément.

Pourtant nous attendons « gentiment» que le courtier habitué de la maison vienne nous prendre quelques échantillons et qu’un miracle nous annonce qu’un négociant nous achète notre cave.

La vocation

Pourtant celle-ci s’amenuise et aujourd’hui nous nous demandons ce qu’il vaut mieux faire : continuer ou arrêter ? –

  • Continuer, parce que nous avons toujours cru en notre travail.
  • Arrêter, cela parait impossible face à une propriétaire qui n’acceptera sûrement pas cette décision. Il y a un bail, et elle préfère participer à certaines charges de l’exploitation. Vaut-il mieux respecter la loi, en l’occurrence le bail du métayage, ou laisser une famille avec trois enfants tomber dans la précarité, alors que nous essayons de tout faire pour sortir de cette crise ?

Et si nous croyons que partir est la meilleur solution, nous nous retrouvons à la rue, sans toit, sans emploi, comme seul compagnon nos bagages et nos meubles sans oublier les animaux ( rappelons que nous vivons en campagne avec chiens, chats,cheval, poules … ).

La décision de partir reste la dernière possibilité, car partir est encore le pire pour nous.

Nous avons des dettes, et si nous partons, nous devons trouver une location (là, nous sommes dans l’absolu, la propriétaire n’a pas encore accepter notre départ), 2 mois de caution, en plus des dettes, pour la location, à moins de gagner au loto, cela fait réfléchir.

Le métayage est ainsi fait, si l’on met fin à celui-ci, il ne nous reste plus rien …

On aimerait dans ces moments recevoir le soutient de personnes (propriétaire, courtier, voire viticulteurs) qui vous souhaitent réussite, ou vous réconfortent sur votre travail, et encore mieux, que le gouvernement vous fasse savoir que vous existez et que votre dur travail n’est pas en vain.

Se séparer de ses biens – J’ai l’opportunité de vendre une parcelle de terrain ou un bien personnel acquis récemment avec un prêt hypothécaire. Pour réaliser cette vente, je dois impérativement faire la levée d’hypothèque et subir le coût du remboursement anticipé de mon prêt. Je n’ai pas l’avance de trésorerie pour faire cette opération. Comment faire ?  – Alors que de bonne foi, je me sépare de mon patrimoine pour solder une dette professionnelle ?

Le dossier AGRIDIFF pourrait-il intégrer cette situation et proposer une prise en charge ou un abandon de cette dépense supplémentaire par les services bancaires ou autres ? –  Le fait de me séparer de mon bien personnel ou professionnel pour payer ma dette me suffit bien, et représente un gros déchirement.

Comment repasser du réel au forfait ?

A partir d’un certain seuil de revenus professionnels, j’ai dû basculer au régime d’imposition au réel. Aujourd’hui, la mévente, la baisse des cours, la baisse de la consommation, la vente à la structure de distillation font que je suis en difficultés avec une forte baisse de mes revenus. Ce n’est pas le même seuil pour revenir au forfait. Pourquoi les marches qui ont servi pour monter au réel ne sont pas les mêmes pour redescendre ? – Il nous faut un chiffre d’affaires annuel de 46 000 € (92 000 € sur 2 ans) pour se retrouver à l’imposition forfaitaire, alors qu’il nous fallait un seuil de 76 000 € TTC pour passer au bénéfice réel. Aujourd’hui, il nous serait intéressant de nous retrouver au forfait dès la première année déficitaire au-dessous de 76 00 € de chiffre d’affaires TTC. Cette possibilité, entre autre, me permettrait de rétablir une situation forfaitaire avec un impact direct sur mon assujettissement à la MSA, et donc sur mes dettes.

Extrait de  « Je suis venu te dire ….  »
Témoignages de viticultrices et de viticulteurs du Beaujolais
Groupe de paroles  « PARLER POUR REBONDIR »
MSA 69  / Mars  2007