Elections législatives dans la 9° circonscription et dans le canton de Beaujeu : le décryptage

Il est temps maintenant de tirer les leçons des élections législatives de 2012. Elles resteront dans les mémoires. Elles ouvrent une nouvelle période politique en Beaujolais, dans l’ensemble de la 9° circonscription et, plus particulièrement, dans le canton de Beaujeu.
Bernard Perrut l’a emporté largement après avoir cependant été mis en ballottage par Vincent Meyer, candidat écologiste, qui a réussi le tour de force de rendre toute sa place à la gauche en Beaujolais.
Force est de constater que Bernard Perrut est solidement implanté. Il n’en a pas moins été vraiment secoué, pas au point d’être battu, mais en tout cas symboliquement, par la percée remarquable effectuée par Vincent Meyer, le candidat EELV-PS. Cela faisait 24 ans que la gauche n’avait pas accédé au 2° tour, c’est-à-dire une génération !
Au deuxième tour les reports en faveur de Bernard Perrut ne se sont pas fait aussi correctement qu’il peut paraitre. Comme prévu beaucoup d’électeurs du FN se sont abstenu ainsi, semble-t-il, qu’une minorité non négligeable de ceux de Fréderic Miguet. A Fleurie par exemple, village dont Fréderic Miguet est le maire, le total des voix de Miguet et de Perrut était de 462 au premier tour mais au deuxième tour Perrut n’a obtenu que 288 voix, soit une perte de 174 voix. Le FN ayant obtenu seulement 83 voix au premier tour et les abstentions ayant augmenté de 12 % c’est donc bien, pour une part appréciable l’électorat de Miguet, matraqué par l’intense propagande anti Perrut du maire de Fleurie, qui s’est défilé. Il faudrait procéder à une analyse fine commune par commune pour mettre à jour ces glissements que masquent souvent les pourcentages, à Fleurie, par exemple Perrut obtient plus de 70% des suffrages dont il est clair que la signification n’est pas celle que l’on pourrait croire.
Au final, dans l’ensemble de la 9° circonscription, Perrut a gagné 8735 voix par rapport au premier tour alors que le total des voix cumulées du Front National et de Fréderic Miguet était de 14 122 voix au premier tour. A l’inverse Vincent Meyer a bénéficié de reports parfaits. Il obtient même plus de 905 voix supplémentaires par rapport au total des voix de gauche du premier tour malgré la forte progression des abstentions au second tour. Dans la partie urbaine de la circonscription la gauche talonne la droite de peu et quelques fois même la dépasse. Indiscutablement quelque chose s’est passé qui est probablement le début d’une transformation de longue durée et de grande ampleur de l’électorat du beaujolais.
Il reste que Bernard Perrut a été réélu. Cela est du à son sens de la proximité. Cela est du également au fait qu’il n’a pas cédé aux sirènes de la droite prétendument populaire. Il a développé les thèmes classiques de la droite républicaine sans tomber dans les excès, à la limite de la xénophobie, ces «guéanneries» qui ont été autant de fautes morales entachant, à droite, la dernière élection présidentielle. L’humanisme du centriste l’a heureusement emporté chez le maire de Villefranche-sur-Saône sur la tentation du «sauve qui peut» idéologique à la façon de Nadine Morano.
Bernard Perrut a surtout fait preuve de beaucoup de dignité face à une campagne exceptionnellement agressive venant non pas de la gauche qui a débattu avec lui de façon ferme mais toujours avec courtoisie, comme le requiert le «fair play» démocratique entre citoyens aux convictions opposées mais qui se respectent, ni même du FN ; l’agressivité est venue du propre camp de Bernard Perrut, et même, fort cruellement, de son ancien suppléant, Fréderic Miguet auquel il avait mis hier le pied à l’étrier. Le maire de Fleurie n’a pas hésité à attaquer brutalement la personne de Bernard Perrut, à la limite de la diffamation. De mémoire d’électeur il fallait remonter très loin dans le temps pour retrouver le souvenir d’un climat aussi tendu.
Le maire de Fleurie, que certains n’ont pas hésité, non sans quelque vérité, à comparer à Iznogoud, a perdu son pari. L’autre grand perdant, après Fréderic Miguet lui-même, est Pascal Ronziere. Son objectif, en poussant en avant Miguet, était de déstabiliser Perrut afin de prendre sa place lors des municipales de 2014. C’est raté :11% à Villefranche-sur-Saône ce n’est pas très glorieux. En soutenant Miguet, Ronziere a certainement commis une erreur politique majeure.
Bernard Perrrut n’est pas un vieux député, compte tenu de son expérience et de ses réseaux, il est désormais bien installé pour un nouveau bail. Au-delà de cette rallonge cependant la donne locale devrait continuer sa
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transformation. Les élections législatives de 2012 révèlent que la sociologie et l’économie du pays beaujolais évoluent en profondeur, lentement mais surement. C’est le début de ce changement qui s’est exprimé à travers la percée de Vincent Meyer. Cette fois ci ce n’était pas suffisant mais déjà significatif. Dans 5 ans il en ira, peut être, différemment et l’essai sera alors transformé. Bernard Perrut ferait bien, de préparer sa relève sans se presser mais en y pensant dés maintenant. De toute façon la règle du non cumul des mandats l’y forcera bientôt. Si la gauche parvient à dépasser ses petites querelles et ses médiocrités internes, qui parfois valent bien celles de la droite, elle a une belle avenue devant elle d’autant que dans la 9° circonscription elle n’est pas handicapée, pour le moment et c’est à espérer pour longtemps, comme l’est la droite, par des parasitages perturbateurs et chaotiques.
Contrairement aux prévisions le FN n’a pas réussi à être présent au second tour.
Le jeune Rochedy, au look de héros romantique digne d’une gravure du XIX° siècle, n’a pas atteint son objectif qui était, comme pour Miguet, d’obliger Perrut à dégager mais il a, néanmoins, amélioré le score du FN. S’il n’a pas pu accéder au second tour c’est parce que Fréderic Miguet lui a astucieusement tondu la laine sur le dos en récupérant les voix de nombreux électeurs du FN. Cela avait déjà été le cas lors des cantonales de 2011. Miguet s’appuie sur un réseau de «taupes» pittoresques, ayant du bagout, qui ont infiltré les lieux de sociabilité de nos villages comme les bars, les caveaux, les restaurants, les groupes de copains qui se retrouvent pour boire des canons, les fêtes diverses et les spectacles, notamment du genre passages de coureurs cyclistes. Ces personnes, le plus souvent un verre à la main, abondent dans le sens des électeurs tentés par le FN pour ensuite les ramener vers Fréderic Miguet. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Maintenant que tout le monde a compris le truc de telles pratiques ne devraient, à l’avenir, plus guère avoir d’effet et appartenir désormais à l’aimable convivialité du seul folklore local.
La très belle campagne de Vincent Meyer.
Le beaujolais change profondément. La force de Vincent Meyer est d’avoir compris et incarné ce changement. Le besoin croissant de changer est du à la croissance des deux villes moyennes, Belleville et Villefranche, ainsi qu’à l’entrée du territoire beaujolais dans l’aire d’attraction de la métropole Lyonnaise. L’arrivée de nouveaux habitants venus du monde urbain introduit une nouvelle donne qui modifie les anciens réseaux traditionnels de sociabilité qu’ils soient ceux des familles, des associations de village, des conscrits, d’école qui maillent les populations rurales, parfois même excessivement, et dans ce dernier cas d’une façon presque clanique. La viticulture qui structure la géographie et la sociologie locale, elle-même, change considérablement, notamment dans le sens d’un respect plus grand des paysages et de la nature (recul de l’usage des pesticides, progression de l’enherbement, lutte biologique contre les insectes). D’autres représentations collectives, d’autres réseaux prennent forme à travers des échanges fructueux entre anciens et nouveaux habitants. Le sens de l’appartenance à une communauté villageoise se transforme, se métisse et s’ouvre à de nouvelles problématiques. C’est ce qui explique que la sensibilité écologique, bien que fortement décriée en apparence, ne le soient pas autant qu’on le croit. Elle progresse dans tous les publics, à droite comme à gauche. Il était logique, que Vincent Meyer, qui n’a rien d’un khmer vert, et qui est quelqu’un de responsable et de modéré dans son expression tout en étant clair dans ses choix ait réussi à remettre en selle une gauche locale qui avait été désarçonnée depuis des décennies.Il a presque doublé le score du dernier candidat de gauche, le socialiste Jerome Saddier, qui en 2007 avait péniblement atteint 17% des voix et n’avait pas pu être présent au second tour.
Le beau slogan de Vincent Meyer appelant à «une société plus juste, plus saine, plus solidaire» a fait sens. Il va falloir maintenant lui donner corps.
Comment ce retour de la gauche, qui ne s’était pas vu depuis 24 ans et qui a été qualifié à juste titre d’«historique» par la presse locale, va-t-il évoluer ? Les bonnes relations EELV-PS vont-elles se maintenir ?
Les municipales vont être la prochaine échéance, en 2014. Vincent Meyer s’attachera-t-il à prendre la mairie d’Anse (son score de 45% au 2° tour y est prometteur), entrera-t-il simplement au conseil municipal de ce gros bourg ou va-t-il se consacrer à la préparation des cantonales de 2016 ? De toute façon il y aura d’ici là un nouvel acte de la décentralisation qui pourrait modifier le contexte s’agissant de la place des conseils
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régionaux et des conseils généraux.
Je saisis l’occasion pour dire ma conviction qu’en milieu rural profond, c’est-à-dire dans les petites collectivités à l’écart du monde urbain, il faut éviter d’introduire inutilement du conflit partisan ; ce serait rendre encore plus difficile une gestion locale pour laquelle les volontaires ne se précipitent pas. Dans nos villages, ceux du canton de Beaujeu par exemple, l’intérêt public local impose d’être capables de faire équipe avec des gens de conviction très différentes que ce soit dans les municipalités ou dans les conseils intercommunaux. Les interférences avec la politique nationale commencent, en fait, avec les seules élections cantonales et même durant celles-ci les élus, tout particulièrement les maires, doivent s’imposer une certaine réserve compte tenu de la composition politique inévitablement disparate de leurs équipes. Le non cumul des mandats va avoir, entre autres, cela de positif qu’il devrait mettre un terme à cette boulimie de postes, présidences et vice-présidences, faisant que certains de nos maires accumulent les mandats comme autant d’échelons à gravir dans un parcours de carrière ou encore pour accroitre le montant de leurs indemnités. Nos politiciens locaux devront désormais choisir leur partition, s’y tenir et ne plus désorganiser la gestion locale par leurs tentatives de conquête de mandats supérieurs comme cela a été le cas pour la malheureuse CCRB dont l’ambition de Fréderic Miguet a pourri le bon fonctionnement depuis plusieurs années .
En tout état de cause Vincent Meyer est la révélation indiscutable des législatives de juin 2012. Je suis persuadé qu’il va mûrir à la façon d’un bon vin de garde. Dans 5 ans la droite locale devra sans doute compter à nouveau avec lui.
Un front de gauche qui a progressé mais pas encore suffisamment .
Comme je l’ai exprimé à quelques reprises j’aurais préféré une candidature commune EELV-FG plutôt qu’une candidature EELV-PS. Je ne me considère pourtant pas comme étant un extrémiste mais il y a une vérité de la crise qui oblige à une certaine radicalité. Cette radicalité du front de Gauche est, évidemment, plus celle du Roosevelt des années 30 ou du Conseil National de la Résistance de la Libération que celle de Fidel Castro.C’est ce qui explique que le Front de Gauche ait souvent été plus pertinent que le PS durant la présidentielle. Aussi ai-je été désemparé et attristé par l’échec cuisant de Mélenchon dans le nord de la France. Je n’étais pas convaincu, de toute façon, par l’opportunité de ce duel beaucoup trop théâtral et trop aléatoire. Le FN est l’effet de la crise. Il n’en est pas la cause. La force de Mélenchon avait justement été de défendre des points de vue vraiment novateurs et solides sur la financiarisation, sur le rôle des banques et de la BCE dans le financement de la dette, sur les difficultés de la Grèce. Ces points de vue portaient sur les causes. Ils étaient à hauteur d’Histoire. Mélenchon aurait mieux fait de continuer d’avancer sur ce terrain, ainsi que sur celui du concept prometteur de la planification écologique dont, soit dit en passant, l’économiste qui l’a inspiré est James K.Galbraith, une des têtes intellectuelles de la gauche universitaire américaine. Il y avait pour le Front de Gauche une belle opportunité : à la sortie de la présidentielle, la gauche de gouvernement, la gauche molle, s’était assoupie avec l’effet Hollande, elle ne disait plus rien de très consistant, sans doute parce qu’elle s’apprête vraisemblablement à nous servir bientôt sa version de la rigueur. A moins qu’Hollande ne parvienne à faire plier Merkel les temps qui viennent ne seront certainement pas faciles. Il aurait fallu pour les affronter s’appliquer à parfaire la définition d’une alternative crédible et faire comprendre aux électeurs quel est le vrai dessous des cartes.
Dans la 9° circonscription, en outre, les bisbilles entre le PS, EELV et le Front de Gauche n’ont pas été très productives, du moins dans un premier temps. Je ne suis pas certain que tous les torts aient été du coté d’EELV et du PS. Le PS s’est, semble-t-il, révélé être un allié loyal et efficace pour Vincent Meyer alors qu’il a certainement été frustré par le fait de devoir passer au second rang. Je conçois, également, que l’investiture accordée par le PS à Vincent Meyer n’a pas du être facile à vivre pour le Front de Gauche. Au premier tour de la présidentielle dans la 9° circonscription Mélenchon (FG) avait fait 9%, Eva Joly (EELV) seulement entre 2% et 3%. Il était logique que Danielle Lebail (FG-PCF) ait pu considérer qu’elle pesait plus que Vincent Meyer (EELV), sauf que celui-ci avait l’appui du PS et qu’il pesait potentiellement, de ce fait, le poids des voix de Hollande, qui était de 20% environ dans la circonscription. Du fait des rapports de force résultant des alliances ce n’était certainement pas réaliste de la part du Front de Gauche de chercher à contourner cette situation. Mais en même temps le Front de Gauche, qui défend des positions sensiblement différentes de celles du PS ne pouvait pas s’aligner sans broncher. C’est dommage qu’aucun terrain d’entente
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n’ait pu être trouvé pour le premier tour. Les appareils de parti sont souvent des machines à perdre vraiment déprimantes. Combien de fois des gens m’ont dit : « qu’attendez-vous pour être unis, si vous l’étiez on voterait pour vous ».
Ne soyons pas trop pessimistes pour autant. Au deuxième tour les reports à gauche se sont déroulé impeccablement et la gauche a même progressé de presque un millier de voix .
L’expression de Vincent Meyer d’«un printemps du Beaujolais» est jolie. Tout en ayant une part d’exagération, comme toute image, elle a aussi une bonne part de vérité. Espérons simplement qu’une mauvaise poussée de gel ne viendra pas détruire la promesse des fruits murs à venir. Cela dépendra largement de la capacité des formations de gauche à développer une capacité d’initiatives communes innovantes par delà l’indispensable et légitime confrontation de leurs point de vues qu’il faudra approfondir et protéger des consensus mous.
La trahison puis l’échec retentissant de Fréderic Miguet, ses causes et ses conséquences possibles.
D’un point de vue technique Fréderic Miguet a fait une campagne originale dans sa forme. Ses pages facebook valent le détour, elle sont vivantes, pleines de belles photos et de commentaires qui intéresseront demain les historiens locaux, en dehors de tout jugement sur son contenu sa profession de foi était simple, claire et bien rédigée, le recours à la caravane publicitaire du type tour de France, même si ce fut avec une seule voiture, a donné à sa campagne un air de show à l’américaine qui a fait sourire certains mais qui a probablement été efficace ici et là.
A l’exception de son recours scandaleux à l’affichage sauvage (parait-il pour compenser un handicap de notoriété) Fréderic Miguet a développé une forme de communication politique neuve pour le Beaujolais, intéressante, bien «léchée». En revanche s’agissant du fond c’est tout autre chose et, en politique, n’en déplaise aux communicants, le fond, au final, l’emporte toujours sur la forme :
-Fréderic Miguet a cyniquement entretenu la confusion sur son étiquette politique afin de ratisser le plus largement possible avec des affirmations faussement rassembleuses visant à faire croire qu’il avait le soutien de la droite et du centre. Or il n’avait le soutien d’aucune des formations dont il feignait de se réclamer. Il a menti.
-Il a abusé des facilités de la démagogie par exemple en affirmant ressembler à l’habitant lambda du Beaujolais alors qu’il cumule les mandats (maire, dernier vice-président du conseil général, 1°vice-président de la CCRB, président de diverses structures plus ou moins influentes). On observera, au passage, que la manipulation d’une simple ressemblance est justement ce qui constitue une tromperie, la fausse monnaie par exemple.
Fréderic Miguet a ainsi voulu cacher sa vraie nature de notable, plutôt autoritaire et conservateur sinon réactionnaire, enclin à verrouiller et à utiliser des voies obliques pour parvenir à ses fins, jouant même de l’intimidation plus ou moins discrète afin de bien fidéliser ses «clients». Les personnes lui ayant tenu tête et qu’il lui est arrivé d’invectiver, souvent violemment, peuvent en attester.
Le portrait inacceptable qu’il a brossé de Bernard Perrut, en le présentant abusivement comme un mélange de tyran antique et de roi fainéant, a choqué. Nombreux sont ceux dans le canton de Beaujeu qui ont cru, en réalité, reconnaître plutôt l’autoportrait de Fréderic Miguet. Bel exemple de transfert psychanalytique !
Aux yeux de l’opinion locale ces dérapages ont affaibli fortement la crédibilité politique mais également morale de Fréderic Miguet. Il passe maintenant pour un mauvais stratège autant que pour un traitre à ses amis politiques, conduit par la jalousie et prêt à tous les coups de bluff.
Sa survie lui étant devenue désormais prioritaire, il a été obligé de faire allégeance à son ancien patron qu’il avait défié et dénigré copieusement. Au lendemain du premier tour il a appelé à voter contre la gauche mais sans cependant citer le nom de Bernard Perrut. Ce grande écart en dit long sur l’ampleur de son échec mais aussi sur sa déception et sur la persistance de son hostilité viscérale à l’égard du maire de Villefranche-sur-Saône dont il a certainement du, sans trop y croire, souhaiter secrètement toute la journée du 2° tour que Vincent Meyer l’en débarrasse. Les mauvais reports , à Fleurie par exemple, de ses voix vers Bernard Perrut attestent clairement de cette réticence intérieure ou, à tout le moins, des troubles importants provoqués par
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son extrémisme dans une partie de l’électorat de droite.
-Fréderic Miguet n’a pas hésité à prendre des engagements dont on pouvait douter, le connaissant, qu’il aurait du mal à les tenir, du genre «je vous informerais» alors qu’il n’a jamais vraiment rendu compte de son mandat au conseil général auprès des élus locaux, et encore moins à la population. Dans le passé, sitôt élu au conseil général, il a commencé à louvoyer.(Se reporter, ici, à un témoignage révélateur publié dans l’excellent «Beaujeu direct»). Sa propension réitérée aux grandes déclarations restant sans suites est maintenant bien connue, elle l’a également desservi. Le masque est tombé.
-Enfin, sur le fond, c’est-à-dire sa pensée politique, Fréderic Miguet ne nous a rien dit d’intéressant et de réfléchi. Nous aurions pourtant voulu connaître sa vision de l’économie, de l’évolution de l’Europe face à la crise de la dette, sa conception de la croissance. Au lieu de quoi il a abondamment recouru aux lieux communs du populisme en singeant plus ou moins subtilement les thèmes du FN, par exemple en dénonçant «le système» dont il est pourtant un pur produit ! En période de crise il importe que nos représentants aient une vision des choses qui ne se limite pas à la seule évocation de sujets de proximité simplistes ou à des brèves de comptoir enflammées entre deux tournées au «café de la place».En période de crise on n’élit pas des candidats, qu’ils soient de droite ou de gauche, dont il est évident qu’ils ne se donnent même pas la peine de faire l’effort de comprendre leur époque. Il est cohérent que les électeurs de droite aient en majorité préféré Bernard Perrut à Fréderic Miguet.
Fréderic Miguet a sous estimé le sens critique des électeurs de la 9° circonscription. Ceux-ci n’ont pas apprécié d’être pris pour des idiots auxquels on peut faire avaler n’importe quoi. Avec beaucoup de discernement ils lui ont infligé une sanction méritée.
Certes Fréderic Miguet a été courageux, objecteront certains, il a fait preuve d’une indiscutable «bravitude».Il est parti à l’attaque avec beaucoup d’audace contre plus fort que lui. Je le reconnais bien volontiers. Cela fait partie du jeu démocratique que certains politiciens soient avant tout poussés par le désir d’arriver à tout prix et qu’ils déploient pour satisfaire cette envie une grande énergie. Tous n’ont pas la force d’âme d’un Bayrou auquel d’ailleurs Miguet à écrit une lettre ouverte plutôt nulle. Je ne dénie pas à Miguet le droit de vouloir faire carrière. Simplement je constate qu’il n’a pas su donner du panache et du contenu à son ambition. Il l’a dégradée par des arguments médiocres et malsains qui n’ont pas été à la hauteur des enjeux d’une élection législative en temps de crise.
Qu’est ce qui a pu pousser le maire de Fleurie à s’engager dans une aventure aussi périlleuse dont il était clair pour beaucoup qu’elle se terminerait par un échec retentissant ? Miguet a-t-il cherché à se placer pour demain en tentant d’affaiblir Perrut, voire même en tentant de le faire perdre afin d’avoir le champ libre pour le coup d’après, c’est-à-dire les prochaines législatives de 2017 ? N’a-t-il pas également cherché à mobiliser sa base électorale cantonale ? Il devait sentir qu’elle lui échappait. N’oublions pas que Miguet avait été réélu difficilement conseiller général en 2011.Il commençait à se heurter ces derniers temps à la résistance de certains élus de la CCRB que son projet d’absorption de cette communauté de communes avec celle de Belleville dérange bien qu’ils ne le clament pas sur tous les toits. Le premier tour de la législative de 2012 démontre amplement cette désaffection des électeurs du canton à l’égard de Miguet. Sauf dans sa commune le maire de Fleurie n’est pas parvenu a enrayer la chute. Ses scores dans le canton de Beaujeu ont été des plus moyens et parfois même très médiocres pour un conseiller général se présentant à la députation dans son propre canton.
Les maires du canton durant ces législatives l’ont lâché. Avec ce qu’il faut de mollesse précautionneuse ils l’ont quitté sur la pointe des pieds. Ceux qui l’ont, peut-être, soutenu l’ont fait vraiment très en sourdine, presque honteusement. Il est connu de tous qu’il intimidait beaucoup nos braves édiles. Il était parvenu à leur faire croire qu’il leur était indispensable et que sans son entregent ils n’obtiendraient pas de subventions. Peu avaient résisté à sa pression il y a un an lors des cantonales lorsqu’il leur avait demandé, semble-t-il lourdement, de s’afficher sur la liste de ses soutiens officiels. Très rares avaient alors été ceux qui avaient su faire preuve du solide bon sens du maire des Ardillats affirmant que s’il avait une question à régler avec le conseil général il lui suffisait d’appeler directement Mercier sans passer par Miguet. Les yeux de nos élus devraient maintenant s’ouvrir. Ils ne vont plus désormais se laisser dominer aisément. On verra, notamment,
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s’ils continuent d’écouter craintivement Miguet concernant le très discutable «mariage», (ridiculement présenté par Miguet il y a quelques mois comme étant d’amour!) de la CCRB avec la communauté de communes de Belleville-sur-Saône. Notons que Bernard Fialaire a nettement soutenu Bernard Perrut et que Fréderic Miguet, n’a obtenu que 11% des suffrages à Belleville où j’imaginais pourtant que sa notoriété aurait été plus forte. Fialaire, s’il persiste dans son dessein, aurait avantage à se chercher d’autre propagandistes que Miguet.
A plus long terme les partis de droite et du centre devront trouver quelqu’un de plus fiable que l’aventureux Fréderic Miguet afin de conserver le canton de Beaujeu. J’imagine que Bernard Perrut aussi bien que Michel Mercier, auxquels le maire de Fleurie a donné bien du tracas cette année, doivent déjà avoir leur petite idée à ce sujet. Fréderic Miguet va-t-il persister dans sa fronde ou va-t-il se soumettre ? Je ne pense pas qu’il ait suffisamment de caractère pour persévérer. Une fois digérée la déception de sa défaite l’instinct de survie devrait l’emporter. Toute honte bue il essaiera de se soumettre et de rentrer dans le rang. Je suis très curieux de connaître quels gages il apportera à ses deux grands suzerains afin de se racheter à leurs yeux et de leur prouver sa loyauté. Je suis encore plus curieux de connaître s’ils lui feront ou non confiance. Toléreront-ils longtemps dans le beaujolais viticole le risque d’une telle «mine divagante» comme disent les marins ?
Si Miguet n’avait pas autant perturbé le jeu dans son propre camp la dynamique de l’élection aurait-t-elle été différente? Certainement. Mais il est difficile de dire précisément comment. Sans Miguet Bernard Perrut aurait-il été réélu au premier tour et la gauche aurait-t-elle accédé au second tour ? Comment savoir qui de Vincent Meyer ou de Bernard Perrut a le plus profité de ce brouillage de repères ? Miguet en siphonnant les voix du FN a probablement évité à Perrut une triangulaire et sans doute va-t-il s’en vanter afin d’obtenir sa réhabilitation. Mais il a pris aussi à Perrut juste ce qu’il fallait de voix pour accentuer de façon spectaculaire l’importance de son recul par rapport à ses élections triomphales antérieures. Avec les voix de Miguet Perrut n’était pas loin, en réalité, de pouvoir passer au premier tour. Cela aurait précisément été une affaire de dynamique qui dans le cas d’espèce a été cassée. Ma conviction est que la politique de la terre brulée, c’est-à-dire la défaite de Bernard Perrut, était le véritable objectif de Miguet mais que la faiblesse de son score auquel il ne s’attendait pas l’a empêché de faire le vide à son avantage pour 2017 et c’est lui qui est maintenant en suspension dans le vide.
Toujours est-il que dans la 9°circonscription et, bien plus encore, dans le canton de Beaujeu, plus rien ne sera comme avant : les extrêmes n’ont pas gagné, la droite et le centre républicains l’ont emporté sur leurs expressions fallacieusement détournées par l’aventurisme d’un individu, et surtout les conditions d’un vrai débat démocratique, franc et respectueux, ont été rétablies grâce au retour remarquable de la gauche sur la scène publique locale !
Le beaujolais est, enfin, revenu dans la normalité politique ! Merci Vincent !

Alain de Romefort

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