Front de gauche ou EELV-PS ? Un choix difficile

                        

 Après mure réflexion, j’avais décidé de voter Jean-Luc Melenchon pour le premier tour de la présidentielle.Nous approchons maintenant du premier tour des législatives.Entre les candidats du Front de gauche et d’EELV-PS qui choisir ? Le choix est difficile.

 Que l’on ne vienne pas me dire : tu es adhèrent des verts, tu dois faire preuve de discipline. Tout d’abord je n’ai pas encore repris ma carte. J’hésite toujours. Je verrais après les législatives. Je suis convaincu qu’il faut en finir avec les adhésions religieuses à un parti politique fondées sur une sorte d’obéissance aveugle et soumise.Lorsqu’on a la fibre écologique, laquelle est par nature critique, creative et quelque peu libertaire, ce fonctionnement d’un autre âge n’est plus supportable.Les électrons libres sont le sel de la politique.Avec internet et la revendication d’une société plus transparente ils vont être de plus en plus nombreux.Un jour les grands partis le comprendront.La novation vient presque toujours des minorités imprévisibles, de leur interactivité inventive enfantée par la complexité, rarement de l’ordre descendant des caciques installés ou en herbe.

 Des élections législatives qui ne vont pas au fond des choses.

 Ma gêne la plus grande concernant ces élections législatives tient à ce que je ne me reconnais plus guère dans les propos des uns et des autres.Les vrais sujets ne sont pas abordés si ce n’est de façon généraliste ou sous la forme de vœux pieux. Cette campagne des législatives, comme l’avait été celle des présidentielles, est étroitement franco-française, nombriliste même. Alors que nous traversons une crise majeure, qui est bien plus qu’une simple crise économique et sociale, dont les clés de compréhension et de solution sont mondiales et européennes, les prétendants à la députation ne nous disent pas grand chose de consistant et encore moins d’exaltant. C’est terne. Le retour à la normalité n’a pas que des avantages.

 Les divisions entre partis de la gauche molle et de la gauche exigeante affaiblissent le débat

 Les considérations diplomatiques portants sur les relations entre appareils de parti échangées entre le candidat vert et son allié PS il y a quelques semaines ne m’ont pas beaucoup intéressé et même enclin à me tenir à l’écart. Ces considérations étaient néanmoins inévitables. Sinon Vincent Meyer se serait, peut être, retrouvé dans une situation du type de celle opposant Gerard Collomb à Philippe Meirieu à Lyon, la situation Lyonnaise étant, soit dit en passant, révélatrice de la volonté d’une partie du PS de faire d’EELV un allié totalement soumis et dévoué. Dés que les égoïsmes et les vanités des appareils de parti se mettent en mouvement la survenue de polémiques médiocres abaisse toujours le niveau du débat.

 Difficile de choisir lorsqu’il y a autant de doutes sur les perspectives de changement

 Le choix entre EELV-PS et le Front de Gauche relève d’un dosage subtil entre une série d’inconvénients.Il s’agit plus de discerner quelle est la solution la moins décevante plutôt que de trouver la solution qui serait la meilleure sans qu’il y ait l’ombre d’un doute.Or il n’y a pratiquement que des doutes !

 Le risque que le nouveau gouvernement de gauche mette en œuvre une politique de rigueur à sa façon est bien réel.Le spectre de l’austérité de gauche n’est pas un fantasme pessimiste de trotskiste voyant de la compromission social-democrate partout mais une  possibilité bien réelle. Tant que ne sera pas franchi le rubicon d’une remise en cause radicale de la dépendance de la construction européenne à l’égard des  marchés financier rien ne changera fondamentalement. Je reconnais que c’est malaisé. S’il est possible d’imaginer à moyen et long terme ce que pourrait être cette transformation on voit bien qu’à court terme elle est difficile à concevoir et surtout à engager rapidement sans soulever de puissantes réactions de résistance systémiques. Cela aurait été le cas y compris pour Jean-Luc Melenchon si celui-ci avait été élu président.Pour autant il faut résister et avancer. Je crains qu’on ne tienne bientôt aux français un discours diffèrent de celui des derniers mois.

 Qui du Front de gauche ou d’EELV-PS est le plus à même d’engager la rupture avec le monde de la finance ?

 Afin d’aller dans le sens de l’indispensable rupture avec le néo-libéralisme financiarisé qui imprègne jusqu’à la gauche dite de gouvernement qu’elle serait le meilleur aiguillon : le Front de Gauche ou bien EELV-PS ?

 Le Front de Gauche, par ses positions durant la présidentielle, est certainement le plus à même d’exercer cette pression critique mais jusqu’à quel point ? Il faudra que le Front de Gauche qui rassemble un grand parti historique, le PCF, plus quelques groupuscules avec en prime les personnes qui ont été attirées par Jean-Luc Melenchon parvienne à se transformer en une formation vraiment neuve.Je crois que c’est possible et souhaitable mais ce sera long et difficile.

 EELV a su dans le passé affirmer avec audace sa différence et échapper aux tentatives de satellisation du PS.EELV y parvient encore, tant bien que mal, à Lyon notamment, face à Gerard Collomb qui se contrefiche de l’accord national signé entre son parti et les verts.Cet accord national passé avec le PS, de toute façon, n’est pas bon.J’ai déjà dit ce que j’en pensais dans ce blog.Les attitudes courtisanes de certains leaders parisiens des verts pour obtenir des postes ministériels ont été politiquement et moralement lamentables et, qui plus est, sans résultats probants.Dans le gouvernement Ayrault les verts n’occupent pas les ministères auxquels ils auraient pu prétendre. Ils ont été «virés» de leur cœur de métier.Le dossier clé pour les écologistes qui est celui de l’écologie et de l’energie a été confié à la socialiste Nicole Bricq, ce qui démontre que le PS dispose maintenant de compétences solides et du corps de pensée lui permettant d’avoir sa propre ligne écologique.Les socialistes peuvent confiner, du coup, les verts dans des fonctions, intéressantes certes, mais, objectivement, de caractère supplétif et ne touchant pas à l’essentiel et à la longue durée.

 Si la dépendance à l’égard du PS s’installe et se renforce EELV perdra vite son originalité vis à vis des français et ne disposera plus de grande marges de jeu vis à vis de ses partenaires. En revanche si  le PS n’avait pas la majorité absolue au soir du deuxième tour et s’il était obligé de composer avec ses alliés peut-être qu’EELV serait en mesure de s’affranchir de son allégeance, d’élever la voix et d’exercer sur le PS une pression constructive. Est-ce crédible ? Les appétits pour les postes étant puissants  la tentation des mauvais compromis risque d’être la plus forte. J’espère me tromper.

 A très court terme : en France le risque majeur est une nouvelle cohabitation; dans la 9° circonscription le risque majeur est l’absence d’un candidat de gauche au deuxième tour

 Une chose est sure : il faut absolument éviter une situation de cohabitation qui obligerait François Hollande à composer avec le retour de la majorité précédents. Imaginons qu’il doive nommer comme premier ministre un Copé ! Bonjour les dégâts ! Ce scénario catastrophe, bien que très faible, existe. Il est vrai que les premiers résultats du vote des français infirment heureusement cette crainte. Mais dans notre circonscription où la droite est solidement implantée le risque est plutôt qu’il n’y ait pas de candidat de gauche du tout au deuxième tour.

 Eviter l’absence de la gauche, même molle, est la priorité à très court terme dans la 9° circonscription.

 C’est le risque de l’absence d’un candidat de gauche, même s’il devait appartenir à la gauche molle, au deuxième tour, qui doit fournir le bon critère de décision pour le vote.Il faut s’employer à éviter une  éviction complète de la gauche. La seule bonne question pour la 9° circonscription c’est de se demander qui d’EELV-PS ou du Front de Gauche a le plus de chance de se retrouver au deuxième tour ? Pour en avoir une idée il faut se rapporter aux résultats de la présidentielle.

 Forces et faiblesses d’EELV-PS

 Le score d’Eva Joly dans la 9° circonscription a été faible, 2,5 % mais il est cependant un tout petit peu supérieur à la moyenne nationale de cette candidate qui a été de 2,3 %.Le score de François Hollande dans la 9° circonscription, 20,4 %,,  a été le plus élevé de tous les autres candidats de gauche mais à la différence de celui d’Eva Joly ce score est en net recul par rapport au score national, 28, 63 %,  du même Hollande au premier tour.

Pour les législatives la candidature EELV de Vincent Meyer est soutenue par la PS. Toute la question est de savoir si les voix qui se sont portées sur François Hollande se porteront sur Vincent Meyer.Il y aura, peut-être, un tout petit peu de perte en ligne.Je n’y crois pas.L’effet Hollande devrait jouer pleinement .Vincent Meyer est sérieux et rassurant, il a un profil plutôt centriste, bobo juste ce qu’il faut il n’évoque nullement la figure inquiétante de l’ayatollah vert agitée comme un épouvantail par certains afin d’effaroucher les ruraux. J’ai d’excellents retours à son sujet, y compris dans la viticulture.Selon une idée toute faite il y aurait un rejet de l’écologie en Beaujolais. C’est faux.Vincent Meyer a atteint les 15 % aux cantonales de 2011.Sylvie Goutte-Nesme et moi avons atteint les 9, 91% et avons fait quasi jeu égal avec le PS. Nos scores sont nettement supérieurs à la moyenne nationale d’EELV durant ces mêmes cantonales de 2011.Je crois donc que Vincent Meyer arrivera en tête des candidats de gauche.C’est une évidence.

 Forces et faiblesses du Front de Gauche

 Le score local de Jean-Luc Melenchon a, quant à lui, été de 8,93  % , il est inférieur au score national. Je ne pense pas qu’il évolue beaucoup.La candidate du Front de Gauche devrait donc arriver derrière Vincent Meyer.Les législatives répliqueront la présidentielle, elles ne devraient pas s’en écarter significativement, soit nettement plus de 20%, voire même 30%, pour Vincent Meyer et autour de 10%, pour Danielle Lebail du fait du réflexe du vote utile qui favorisera Vincent Meyer.

 Le danger de la démobilisation de l’électorat de gauche

 En réalité pour les candidats d’EELV-PS et du Front de Gauche la vraie menace réside dans la démobilisation relative qui s’est, peut être, installée parmi les électeurs. Le taux de participation pourrait être plus faible qu’à la présidentielle.C’est cela qui peut entrainer qu’il n’y ait aucun candidat de gauche au deuxième tour puisque ceux-ci avancent en ordre dispersé alors qu’il leur faut recueillir 12,5% des inscrits pour aller au deuxième tour .Selon le niveau de l’abstention 12,5 % des inscrits peut devenir beaucoup plus en pourcentage de votants.

Cela dit la démobilisation d’après les politologues se serait plutôt installé à droite.

C’est pourquoi je trouve d’autant plus absurde qu’il n’y ait pas eu d’accord national entre EELV, le PS et le Front de Gauche. Quels médiocres calculs à courte vue d’apparatchiks ont été à l’origine de ce plantage ? Qui du PS ou du Front de Gauche en porte la responsabilité ? J’aimerais bien le savoir. S’il y avait eu entente la gauche aurait été assurée d’être au second tour et tout alors pouvait devenir possible, notamment la victoire d’un candidat de gauche dans la 9° circonscription.La partie aurait néanmoins été difficile dans une circonscription où Sarkozy a fait 60% au 2° tour.Ce qui peut cependant modifier une donne initiale inégale c’est la surprise d’un élan, le choc d’une dynamique.Sans unité c’est difficile.

 Une victoire de la gauche n’est pas à totalement écarter si la droite locale explose

 Faute d’un accord entre partis de gauche un miracle est-il encore possible ? Une telle possibilité est  très improbable mais qui sait! Il peut y avoir triangulaire.Le député UMP sortant, Bernard Perrut, part dans la compétition avec le même handicap que la plus part de ses collègues sortants, à savoir un FN déterminé à conserver et développer son fonds de commerce xenophobe que Sarkozy et Guéant avaient tenté de lui piquer.Dans la 9° l’effet Marine a été fort, 21% ! .Chacun sait que le FN souhaite faire le vide à droite afin d’y devenir demain la formation dominante. Bernard Perrut a également un autre handicap, le plus désagréable pour lui selon moi, qui est la candidature, opportuniste, carriériste, populiste et vide de sens, de Frederic Miguet. Le moins qu’on puisse dire est que Frederic Miguet ne fait pas dans la dentelle. Si j’étais de droite je serais révolté par la façon, quasi diffamatoire, déplaisante et cynique avec laquelle ce candidat s’attache à démolir celui qui autrefois lui avait mis le pieds à l’étrier. La tactique du maire de Fleurie est de faire le vide, elle est la même que celle du FN, sur le dos duquel il fait sa laine, mine de rien, et avec lequel il partage la pratique d’un affichage sauvage agressif. Je n’en dirais pas plus.Les bisbilles à droite ne sont évidemment pas mon affaire.

 A très court terme, compte tenu du rapport de force local, voter pour Vincent Meyer est le choix le plus réaliste; à long terme, parvenir à une alliance EELV-Front de Gauche est la seule vraie voie de changement.

 J’ai maintenant réuni tous les éléments permettant de choisir :

–        La priorité absolue est que la gauche ne soit pas évincée du 2° tour.

–        Vincent Meyer est sans contestation possible le mieux placé pour y parvenir

–        Les chances de voir un candidat de gauche être élu députe sont faibles mais pas absolument nulles.

–        Faute d’accord en faveur d’une candidature commune, le Front de Gauche n’a aucune chance de gagner la députation puisqu’il sera certainement dépassé par EELV-PS.

 La cause est par conséquent entendue : je vais voter Vincent Meyer selon l’adage qui veut que «faute de grives on se contente de merles», étant entendu que je parle du programme et non de la personne de Vincent Meyer qui a toute mon estime .J’aurais évidemment mille fois préféré une candidature EELV-Front de Gauche ou Front de Gauche- EELV, incluant le PS ou, à défaut, le dépassant au premier tour et soutenu par celui-ci au second, rapport de force et discipline républicaine obligent.Une telle recomposition est pour le moment utopique.Il y a quelques mois elle m’aurait même paru tout à fait incongrue.A la lumière de la campagne présidentielle et de l’irruption du «moment Melenchon», dont j’espère qu’il ne  se limitera pas à un moment éphémère, cette recomposition m’apparait de plus en plus nécessaire.Une alliance Front de Gauche-EELV trouvant un écho dans l’aile gauche et écologiste du PS voilà l’avenir.Si je devais maintenir mon engagement politique au-delà des épisodes électoraux en cours c’est, entre autres, à cette recomposition fructueuse que je souhaite travailler.

 Alain de Romefort


Publicités

One response to this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :