Après la présidentielle : pour qui voter aux législatives ?


 Les français ont décidé: François Hollande sera notre président pour 5 ans.La décision s’est prise sur le fil.Il faut être lucides : l’explication en est que les deux finalistes partageaient la même vision macroéconomique à quelques différences prés touchant à la justice fiscale et sociale mais aussi à l’humanité dans le traitement de l’immigration et des sans papiers, notamment. Ce qui a perdu Sarkozy c’est son rigorisme façon Schroeder-Merkel (austérité ! austérité ! ) ainsi, et surtout, que sa course, indécente sur le plan des valeurs politiques, après les voix du Front-National. Comment peut-on reprendre les pires idées d’une formation politique, celles qui en sont le moteur émotionnel principal, et soutenir ensuite que l’on est profondément diffèrent de cette formation politique ? Borloo avait peut-être raison : avec une approche plus centriste et sociale Sarkozy aurait peut être battu Hollande. Beaucoup des propositions défendues par Hollande auraient pu être formulées par Sarkozy. Si celui-ci avait eu deux sous de jugeote, il aurait pu, par exemple, accepter la retraite à 60 ans pour les salariés ayant travaillé à partir de 18 ans et ayant cotisé 41 annuités. Cette mesure d’un coût relativement faible aurait enlevé un bel argument à Hollande.En corrigeant cette injustice (on sait que les travailleurs en question ont, au surplus, l’espérance de vie la plus faible) Sarkozy aurait empêché le PS de masquer le fait qu’il avait tranquillement entériné la reforme des retraites après avoir tenté de faire croire qu’il y était opposé. L’annonce d’un vrai renforcement des prélèvements sur les hauts revenus, et cela sans attendre la fin de campagne, aurait été également possible au nom de la crise.Il fallait des gestes forts pour estomper l’image de «président des riches» et valoriser ainsi la posture de chef d’Etat énergique et rassurant en temps de crise face à un Hollande supposé, à tort d’ailleurs, être inexpérimenté. Cela pouvait passer. Il n’ y a que les allemands qui sachent que Sarkozy s’est complètement aligné sur les positions de Merkel au point qu’un petit film, qui fait la joie de internautes d’outre Rhin, représente Sarkozy en majordome servile d’Angela.Ajoutons qu’avoir longtemps vécu à Neuilly a sans doute rendu Sarkozy aveugle à certaines réalités.En décorant Stephane Richard, ancien directeur du cabinet de madame Lagarde, Sarkozy lui a dit « Stephane, tu es devenu riche, tu as une belle maison, tu as réussi…C’est la France que j’aime».L’explication de la défaite du président sortant est là aussi, dans cette vision nord-américaine de la réussite individuelle.

Pour autant ces explications n’épuisent pas le pourquoi de la défaite de Sarkozy. Il est exact qu’elle n’est en rien comparable à la débâcle d’autres dirigeants européens de droite comme de gauche que la crise a balayé comme autant de fétus de paille. Il y a eu, au surplus, ce très net resserrement de l’écart entre Hollande et Sarkozy dans le derniers jours qui doit nous interpeller. Avec quelques jours de plus, et quelques «guéanneries» supplémentaires, que se serait-il passé ? L’inquiétant, le plus inquiétant c’est l’empire pris sur la conscience de beaucoup de français par un discours xénophobe et réactionnaire, néo-vichyste, au point qu’il ait conduit à faire perdre la tête à un président qui en d’autres temps avait fait l’éloge d’hommes (Georges Mandel, par exemple) et de valeurs ( celles des combattants des Gliéres)  qui avaient maintenue hier la République. Heureusement il y a eu le beau geste et la sérénité du 8 mai. S’il n’efface rien il a permis de tourner la page dans la dignité.

 

Et maintenant que va-t-il se passer ?

 

Il va y avoir les législatives. Normalement elles devraient être gagnées par la gauche, les français se disant qu’il serait périlleux d’ajouter une situation de blocage politique aux turbulences de la crise économique.Mais gagner les législatives, pour nécessaire que ce soit, n’est évidemment pas suffisant.La réussite ou l’échec du quinquennat de Hollande se jouera sur la capacité ou non du nouveau président de modifier, autrement que de façon cosmétique, le contexte économique de l’Europe, autrement dit de faire plier Merkel, d’amener les allemands à accepter que soit combinés discipline budgétaire et relance et que ce soit surtout cette dernière qui nous arrache au déclin et au péril de l’effondrement.Si Hollande échoue à convaincre l’Europe son programme va vite s’enliser, les déficits vont s’amplifier et avec eux une dette qu’il se gardera bien de rejeter comme illégitime, à moins qu’il ne serre encore plus le garrot de la rigueur. La voie sera alors libre pour les aventures politiques les plus périlleuses.

 

Pour un écologiste comme je le suis et qui, après un long cheminement, est désormais convaincu que la perspective historique d’une transition écologique reussie n’aboutira que si elle s’appuie sur une transformation sociale de grande ampleur les législatives de 2012 posent un véritable problème de conscience.

 

Quel crédit, tout d’abord, accorder à EELV, mon parti, après le score d’Eva Joly à la présidentielle et surtout depuis que nombre des figures de proue de cette formation écologique se précipitent maintenant avec, disons le, un manque de retenue atterrant dans la course aux maroquins ministériels ? Le cœur du programme d’EELV était la sortie du nucléaire.Ce cœur a fondu.Hollande a dit devant les français qu’il n’était pas engagé par l’accord entre le PS et EELV. Hollande a dit que dans les 5 ans qui viennent il fermerait Fessenheim et qu’il maintiendrait l’EPR, lequel ne se limite pas à une seule nouvelle centrale mais constitue bien le début d’une filière lourde et durable qui n’a de sens que si elle se substitue à l’actuelle et que si elle s’exporte dans le monde.Hollande a dit qu’il réduirait la part du nucléaire d’ici 2025 à 50% de la production d’électricité mais cet engagement, qui se limitera à la fermeture de Fessenheim durant son quinquennat, ne commencera effectivement qu’à la fin de celui-ci. Quelle certitude avons nous qu’il se poursuive au-delà de 2017 ? Certes il devrait y avoir prochainement un vaste débat national et la perspective pourrait être inversée. Quel y sera le poids d’EELV dont les principaux leaders gouteront alors aux charmes et aux intrigues du pouvoir ? On aura certainement droit à des belles envolées, sans plus.Le plus convaincant ne viendra sans doute pas d’EELV mais des mouvements antinucléaires. Seront-ils entendus ? Que l’on soit pour ou contre le nucléaire l’attitude courtisane d’EELV est, de toute façon, incompréhensible; elle est révélatrice d’un manque de charpente.Je pressens que le parti écologique passera à la moulinette du PS comme hier le PCF, qu’il en ressortira en miettes ou qu’il sera satellisé comme l’est déjà le minuscule MRG.Ce ne sera pas la première fois que les verts français ratent un rendez-vous avec l’Histoire et cette-fois ci ce sera peut-être pour la dernière fois que l’Histoire leur aura tendu la main.

 

Sur les autres sujets touchant à l’écologie il est évident que le PS les a désormais bien intégré.Ils sont d’ailleurs portés par une ancienne député verte de talent, Marie-Héléne Aubert, en charge de la transition écologique auprès de Hollande et qui est tout à fait compétente.Elle ferait, à mon sens, une excellente ministre de l’écologie et du développement durable.

 

Du fait de cette redistribution des cartes le vrai choix aux législatives porte entre le Front de Gauche ou le PS-EELV.

 

Le Front de Gauche n’a pas une vision arrêtée concernant le nucléaire.Le PCF est favorable à  l’atome tandis que le parti de Melenchon, «le parti de gauche», est contre.Si le verbe de Melenchon a créé l’élan de la campagne présidentielle c’est la base militante du PCF qui en a constitué le socle logistique, bien moins que la base militante du parti de gauche qui est probablement encore embryonnaire. Par contre le public venu aux meetings a été, quant à lui, sans doute plus largement «Melenchonien.»

 

Qu’adviendra-t-il du Front de Gauche si le PCF cède, lui aussi, à la tentation des maroquins ministériels ? A la différence d’EELV, le PCF subordonnerait, dit-on, son entrée au gouvernement à des garanties mais jusqu’à quel niveau d’exigence ira-t-il ? C’est si facile d’habiller un renoncement en fausse fermeté.

 

D’autres éléments sont à prendre en compte. En dehors des enjeux énergétiques et climatiques qui sont décisifs bien au-delà de la seule France, la manière de gérer la dette des Etats et donc de revoir le rôle de la BCE et celui des marchés financiers surplombe également l’avenir immédiat , notamment la réunion des moyens du grand virage écologique. A ce sujet il faudrait savoir, au cas où ces moyens seraient réunis, si la relance européenne privilégiera le virage écologique ou bien si elle sera de type plus classique.

 

Ce ne sera, au demeurant, qu’une première étape. Il va falloir également remettre en cause les conséquences désastreuses de la libéralisation outrancière de l’économie en Europe. Cette libéralisation a été conduite par la gauche et par la droite ces dernières décennies .Toutes les deux  n’ont installé un capitalisme féodal et bureaucratique qui a affaibli et humilié la démocratie et détruit les services publics.Nous subissons une sorte d’«occupation» mentale insidieuse.La logique de l’honneur et de l’intérêt général a été remplacée par la prééminence du gain. Des inégalités sans précèdent se sont creusé. Elles font désormais système au détriment des garanties et des protections collectives, celles-ci ne cessant de reculer au profit de l’actionnariat et de l’assurantiel, par exemple dans le domaine de la santé. N’oublions pas que le monde de la finance, celui qui a causé la crise, il a été «l’ami»de la gauche comme de la droite qui toutes deux ont dérégulé et privatisé de concert, sans beaucoup d’états d’âme.

 

Sur tous ces enjeux c’est le Front de Gauche qui voit juste, bien plus que le PS. Pour autant le Front de Gauche, qui a traité nombre des vrais problèmes oubliés par la gauche dite de gouvernement, est loin de les avoir tous traités ou mis suffisamment en avant (quid, par exemple, du pillage des pays du sud par les multinationales, de la scandaleuse «colonisation» des terres agricoles des pays les plus pauvres ?) La réduction des inégalités vaut aussi pour les rapports nord-sud et commencent même par ceux-ci du fait de la raréfaction mondiale des ressources.Le Front de gauche a encore du chemin à faire. Pour commencer il lui faudra maitriser ses meilleures intuitions comme, par exemple, «la planification écologique» qui est une formidable idée dont la feuille de route reste cependant à concevoir. Le Front de Gauche va-t-il approfondir ses propositions et va-t-il se renforcer et durer ou bien va-t-il nous jouer une nouvelle version du «Molletisme» ? Nos anciens se souviennent de ce président du conseil de la IV° République et patron de la SFIO (ancêtre du PS), Guy Mollet, qu’il contrôlait en faisant de la surenchère à coups de références marxisantes (plus à gauche que moi tu meurs) tandis qu’il livrait en Algérie une guerre en comparaison de laquelle les excès de l’armée américaine procèdent de l’angélisme. Il est trop tôt pour le dire tout en observant que le risque du Molletisme, un Molletisme soft pour temps de paix, est sans doute plus du coté du PS que du Front de Gauche.

 

S’agissant de l’immédiat il est évidemment souhaitable qu’Hollande dispose d’une majorité de gauche à l’assemblée mais certainement pas qu’elle soit composée de godillots aux ordres, le doigt sur la couture du pantalon. Avec le retour de la droite à l’assemblée Merkel aurait beau jeu de refuser toute vraie concession. Que se passerait-il ensuite si la rigueur devait devenir encore plus sévère et si les quelques vagues promesses devaient s’évanouir dans un flou définitif ? Montée en puissance de l’extrême droite gagnant peu à peu toute la droite? Union nationale ? Les restes de la droite républicaine et la gauche de gouvernement, toutes deux héritières du vote en faveur des référendums relatifs aux  traité de Maastricht et au traité constitutionnel faisant alors face ensemble pour faire avaler la pilule de l’austérité !

 

S’il y avait dans un peu plus d’un mois un nombre significatif de députés du Front de Gauche cela ne pourrait-il pas être pour Hollande un atout supplémentaire dans la négociation avec Merkel et un encouragement pour l’aile gauche du SPD à faire pression sur la chancelière ? Je suis enclin à le penser.

 

Dans le cas de la 9°circonscription s’il apparaissait qu’un accord s’impose entre EELV, LE PS et le Front de Gauche pour éviter une percée des extrêmes (représentés chez nous par le FN et, sans doute aussi, par une candidature «opportuniste») je soutiendrais activement le candidat de gauche qui serait choisi après concertation par EELV, le PS et le Front de Gauche. Si tel n’est pas le cas , c’est-à-dire s’il n’y a pas véritablement danger, le choix sera simple: il faudra choisir entre d’un coté Vincent Meyer qui est, compte tenu du rapport de forces PS-EELV principalement le candidat du PS et accessoirement, façon chant du cygne, celui d’EELV et d’un autre coté, Danielle Lebail, laquelle est Front de Gauche, volet PCF. Je ne sais pas encore à quel PCF celle-ci appartient. Est ce le PCF qui a tiré les leçons de l’Histoire et n’a plus comme référence le credo du vatican soviétique d’avant la chute du mur de Berlin ? Ou bien est-ce un PCF qui garde la nostalgie des temps d’aveuglement mais qui, ne le nions pas, ont aussi été ceux d’une formidable espérance ?…Une espérance finalement trahie dans l’épouvante pour succomber, malgré la lumière d’une perestroïka prometteuse mais incomprise, en laissant place à l’oligarchie, aux mafias et aux pires régressions sociales du libéralisme de la période post-Gorbatchev. Je pense que le PCF du XXI° siècle saura, et sait sans doute déjà, comment reconstruire l’espérance tout en tirant radicalement et définitivement la juste conclusion des terribles leçons du passé.

 

Je me donne encore un peu de temps pour décider même si j’ai conscience de déjà tracer un chemin. Quoique je décide j’en ferais état publiquement parce que je ne crois pas qu’il soit sain que je me cache après avoir porté il y a un an les couleurs d’EELV. Ce sera un choix personnel. Ce sera aussi, comme tout choix politique, un pari.Dans tout pari il y a une part d’incertitude et de doute.Je souhaite en discuter.A chacun de juger car il y a bien d’autres arguments que les miens, méritant respect et écoute. Pour le reste, c’est-à-dire le déroulé concret de la campagne, j’aiderais les deux candidats, Vincent Meyer que je connais et qui a de grandes qualités et Danielle Lebail, que je ne connais pas encore et qui a certainement, elle aussi, de grandes qualités. Je ferais tout ce que je pourrais pour qu’ils puissent s’exprimer pleinement, et notamment,  cela en accord avec Sylvie Goutte-Nesme, dans «le blog du citoyen Beaujolais» crée par nous deux lors des cantonales de 2011. Cela sans limites éditoriales.Des questions  seront également posées aux deux candidats. Par cet article, je les invite dés maintenant au débat.L’avantage d’un blog c’est que l’infini du «web» n’y encadre pas le propos. Le débat politique se joue aussi dans la blogosphère.Elle est devenue le territoire libre et hors appareils des «francs-tireurs» de la Démocratie et de la République.

 

Alain de Romefort

One response to this post.

  1. Posted by Thierry Girardot, référent EELV Beaujolais on 20 mai 2012 at 13 h 47 min

    Cher Alain,

    J’ai lu rapidement ton texte.
    J’apprécie que tu n’annonces pas ta démission du parti comme Alain Mahuet le secrétaire de section socialiste de Belleville le fait en éreintant au passage EELV.
    J’apprécie que tu exposes tes idées avec brio et franchise, sans duplicité comme peut le faire Danielle Lebail dénonçant publiquement un accord « PS/EELV » de salon et allant discuter cette semaine dans le dos des adhérents et responsables locaux du PS et d’EELV auprès du secrétaire fédéral PS du Rhône pour tenter de se faire désigner comme candidate de rassemblement sur la 9ème circonscription.

    Il n’y a pas eu d’accord nationaux pour le 1er tour de ses législatives 2012 entre les 3 formations EELV, PS, FG et je le regrette vivement.
    Chacun a joué, d’une certaine façon, la partition de l’incompatibilité : cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour le résultat de ces élections, la victoire de la droite.
    Comme tu le fais avec le « Mollètisme », j’aime les rappels à notre histoire proche. Lors de la crise en Europe dans les années 20/30, l’affrontement entre le NKP (PC allemand) et le SPD (PS allemand) dans la toute nouvelle république de Weimar ne fut-il pas un élément déterminant dans la venue au pouvoir d’Hitler.

    J’ai trouvé particulièrement indigeste ton paragraphe des conseils à Sarkozy qui lui aurait permis de dépasser Hollande sur sa gauche.
    Sur d’autres thèmes que tu as longuement abordé, je n’exposerai pas ici mes accords ou désaccords avec ton point du vue sur les programme du FG ou celui d’EELV, le positionnement des uns et des autres. Je crois que le travail de rapprochement est préférable à celui du clivage.
    Tu rappelles dans ton texte le devenir du PC passé dans la moulinette du PS après 81 et ce risque actuel pour EELV : tu oublies de préciser le rôle de modes de scrutin et de financement des partis qui favorise la bipolarisation et la multiplication des candidatures.

    Je t’invite à venir échanger avec les adhérents et coopérateurs d’EELV après les élections.
    Bien à toi. Thierry Girardot, référent EELV Beaujolais

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