Quelques réflexions autour du nucléaire japonais

 

        Nous devons en premier lieu penser au peuple japonais. Il vit une épreuve terrifiante. Il serait déplacé d’engager une polémique exploitant une telle horreur. Il est impossible pourtant de ne pas s’interroger.

Nos voisins européens, eux, s’interrogent. Un accident grave chez nous aurait des conséquences également chez eux. Ne nous laissons donc pas piéger par des propos lénifiants comme ceux qui nous furent tenus à l’époque de Tchernobyl.Tout le monde se souvient du nuage radioactif qui se serait arrêté aux frontières de la France ! – Le sujet du nucléaire est d’une telle importance qu’il ne peut pas être occulté. Nous devons le traiter avec une réelle hauteur de vue et en toute lucidité : notre parc nucléaire est le second au monde et il commence à vieillir. Ne l’oublions pas.

 -Le nucléaire comporte des dangers majeurs. Nous avons tous en mémoire les accidents graves de ces dernières décennies. Plus le temps passe plus la probabilité grandit d’une tragédie encore plus grande que les précédentes.On le voit bien avec le drame japonais. À cela s’ajoute le problème du stockage des déchets nucléaires dont certains resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années. A cela s’ajoute aussi la folie de tenter de vendre des centrales nucléaires à des dictateurs comme Kadhafi.

 -Le nucléaire tient en France une place importante dans nos sources d’énergie et bien plus encore au Japon. Ce pays est pour le moment dans l’impossibilité de s’en passer. Mais il va peut être devoir malgré tout abandonner cette solution énergétique. Le pétrole nous est également nécessaire mais le prix de cette ressource qui s’épuise ne cesse de se renchérir et explique le recours au nucléaire.

Nous sommes coincés entre les dangers de l’un,  et la fin prochaine de l’autre.

 -Un système aussi complexe et lourd que le nucléaire ne s’arrête pas du jour au lendemain. les Allemands l’ont décidé. Ils ne renouvellent plus leur parc et ils viennent d’annuler la prolongation de vie des plus anciennes. Leur sortie du nucléaire prendra pourtant des décennies. Mais les problèmes du nucléaire japonais vont vraisemblablement amplifier les prises de conscience et conduire à ce que nous forcions tous le pas.Il ne faut pas exclure, si le drame japonais devait prendre des proportions encore plus terribles,que de nombreux pays notamment européens décident une sortie accélérée du nucléaire.Elle posera des problèmes inédits.

 Nous sommes coincés entre les nécessités du long terme (se doter d’une énergie propre) et les contraintes du court terme (le coût économique et social élevé de la sortie du nucléaire). L’urgence d’une politique de la transition afin de réussir la sortie du nucléaire est donc évidente. Il nous faut réunir dans une durée à moyen terme aussi courte que possible les conditions d’une sortie qui soit économiquement et socialement soutenable.

Les conditions de cette sortie sont notamment les suivantes :

  •  Développer les énergies nouvelles en privilégiant les initiatives locales et individuelles plutôt que les projets industriels (grands parcs éoliens ou photovoltaïques par exemple).Leur fabrication entraîne un coût énergétique élevé. Ces grands projets n’ont,en outre, d’efficacité que dans des espaces désertiques ou en mer et sous certaines conditions .
  •  Développer massivement les transports collectifs. Cette évidence de bon sens n’a pas à être démontrée.
  •  Limiter le recours aux dérivés du pétrole qui tiennent une grande place dans notre consommation courante comme dans les processus de production industriels et agricoles . Il y a des alternatives, notamment autour de «la chimie verte». Ajoutons que si l’on se nourrit local on limite les coûts de transport des aliments frais.
  •  Entreprendre un effort considérable pour économiser l’énergie dans la vie courante: améliorer l’isolation des bâtiments, utiliser au maximum les possibilités locales comme le bois-énergie notamment.Tous les experts s’accordent à reconnaître que la meilleure politique de l’énergie réside aujourd’hui dans ces économies d’énergie. Mais celles ci ne progressent pas suffisamment vite. La raison en est qu’il n’existe pas de grands groupes industriels pour les porter.Une forte mobilisation à un niveau local (PME, artisans) serait le meilleur moyen d’y parvenir.

 La question énergétique devrait tenir une place beaucoup plus grande dans les politiques locales. Plus de 70 % de l’investissement public en France dépend des collectivités locales (Région, Département, intercommunalités , communes). Le département est présent de manière importante dans le logement (OPAC).Il pourrait soutenir activement des politiques locales tournée vers la sobriété énergétique.Il pourrait interpeller dans ce sens les autres collectivités. EELV le propose. Malheureusement la pensée dominante productiviste et les intérêts des grands groupes bloquent une telle orientation. Les élus ont été influencés dans le mauvais sens. Le niveau élevé de l’abstention qui va prévaloir pour les prochaines élections cantonales le démontrera. La pensée dominante et ces intérêts sont parvenus à décourager les populations de se saisir des moyens d’intervention qui sont pourtant à portée de vote et qui concernent la proximité immédiate.

Si les électeurs prenaient conscience du pouvoir qui est le leur et s’ils élisaient des représentants décidés à changer le système en commençant par l’échelon local nous pourrions  accomplir de grands progrès.

La politique de la transition serait lancée et confortée. Du temps serait gagné. Mieux vaut anticiper sans y être forcés, la rupture avec des sources d’énergie d’une dangerosité qui croît avec le temps. Nous avons encore la possibilité de changer. Ne traînons plus.

Alain de Romefort

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