Alertes nucléaires au Japon : communiqué de la CRIIRAD du 15 mars

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : les intervenants mettent leur santé en péril.

Rejets radioactifs et contamination de l’air : toujours pas de données !

 A ce jour, pas d’inquiétudes pour la France métropolitaine ou la Polynésie française. Si la situation se dégradait, nous vous en informerions aussitôt.

Nous sommes en revanche toujours aussi inquiets sur la situation au Japon. Alors qu’ils payent déjà un si lourd tribu au séisme et au tsunami qu’il a provoqué, les habitants des zones sinistrées vivent depuis plusieurs jours sous la menace d’une catastrophe nucléaire. De plus on ne sait presque rien des niveaux de radioactivité auxquels ils sont exposés..

Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : les intervenants mettent leur santé en péril.

– Samedi 12 mars, suite à l’explosion du réacteur n°1, les débits de dose à proximité immédiate de la centrale avait atteint 1,5 mSv/h soit plus de 10 000 fois le niveau normal. Cette valeur était déjà très préoccupante : en 40 minutes de présence une personne reçoit du seul fait de l’irradiation externe une dose égale à la limite maximum admissible sur un an, soit 1 mSv/an.

– Rappelons que les limites de dose (doses dites efficaces ou au corps entier) sont de 1 mSv/an pour les personnes du public et de 20 mSv/an pour les travailleurs les plus exposés. Elles ne correspondent pas à des niveaux de non risque mais de risques maximum admissibles. Par exemple pour 100 000 personnes exposées à 1 mSv, on s’attend à 5 décès par cancers radio-induits. (en savoir plus)

– Après l’explosion du bâtiment qui abrite le réacteur n°2, explosion qui aurait enrainé une perte de confinement , les autorités japonaises ont publié des niveaux d’exposition externe excessivement élevés :

o Réacteur n°3 : 400 mSv/h (milliSieverts par heure)

o Réacteur n°4 : 100 mSv/h

o Réacteur n°2 et 3 : 30 mSv/h

– Avec des valeurs aussi élevées (1 million de fois et plus le bruit de fond naturel) on n’est plus dans le domaine des faibles ou très faibles doses de rayonnements, avec des pathologies ne se manifestant qu’après un temps de latence (plusieurs années à plusieurs décennies pour les cancers par exemple) mais dans le domaine des fortes doses d’irradiation. Les fortes doses de rayonnements provoquent une destruction massive des cellules, destruction qui peut altérer le fonctionnement de certains organes. Dans ce cas, les effets se produisent rapidement (selon le niveau de dose en quelques heures, jours, semaines ou mois) et chez toutes les personnes exposées au seuil correspondant (avec des sensibilités individuelles). Les effets varient selon les organes et sont d’autant plus graves que les doses sont élevées. En quelques heures d’exposition, les doses au corps entier peuvent en effet atteindre plusieurs Sieverts : atteintes graves aux cellules les plus radiosensibles : cellules de la moelle osseuse, de la muqueuse intestinale, cellules basales de la peau…

Par exemple, le syndrome médullaire est provoqué par la destruction des cellules souches qui assurent le remplacement des globules et des plaquettes du sang. Plus la dose est importante, plus le nombre de cellules détruites est important, plus les effets sont graves. L’irradiation provoque ainsi la baisse du nombre de lymphocytes, de neutrophiles et des plaquettes, provoquant des risques de décès par infection et hémorragie (d’où les traitements par greffe de moelle osseuse). Le syndrome gastro-intestinal est consécutif à la destruction des cellules souches situées dans les cryptes intestinales et qui assurent le renouvellement de la muqueuse intestinale ce qui provoque une perte de la fonction digestive. Evidemment les risques d’effets différés, et notamment de cancer, ne disparaissent pas aux fortes doses, mais se rajoutent aux effets déterministes. Le syndrome nerveux est caractérisé par la désorientation, la prostration, les convulsions.

On ne sait rien de la façon dont le travail est organisé sur le site (rotation des équipes pour limiter le temps de présence et donc les niveaux d’exposition ?). Quoi qu’il en soit les employés et les équipes de secours mettent assurément leur santé en jeu pour éviter le basculement vers une situation catastrophique.

– L’Agence Internationale de (promotion) l’Energie Atomique (AIEA) a aussitôt émis un communiqué pour préciser que la valeur de 400 mSv/h était certes une valeur élevée mais qu’il s’agissait d’une « local value at a single location and at a certain point in time ». L’information n’est pas documentée (pas d’heure, ni de durée) et il importe de préciser que des valeurs de 100 mSv/h et 30 mSv/h sont elles aussi des valeurs élevées, voire même excessivement élevées. Par ailleurs, rien ne permet de conclure que la valeur de 400 mSv/an était la plus élevée du site (3 résultats seulement ont été publiés et il faut les mettre en rapport avec la superficie du site).

– L’AIEA indique qu’à 1h du matin (heure française) le débit de dose mesuré à l’entrée de la porte principale était de 11,9 mSv/h et, 6 heures plus tard, de 0,6 mSv/h (soit bien plus de 1 000 fois le niveau normal). Rappelons qu’heure après heure les doses se cumulent et que plusieurs jours se sont déjà écoulés depuis le déclenchement des situations d’urgence.

Rejets radioactifs et contamination de l’air : toujours pas de données !

– De plus, les chiffres ne tiennent compte que de la dose reçue par exposition externe, c’est-à-dire du fait des rayonnements ionisants émis par les atomes radioactifs qui se désintègrent et qui sont situés à distance de l’organisme (un peu comme une personne peut être exposée aux UV émis par le soleil). Il faut ajouter à cette exposition, les doses de rayonnement reçues du fait de la contamination interne et notamment de l’inhalation de gaz, halogènes et aérosols radioactifs en suspension dans l’air. Ceci est vrai pour le secteur de la centrale comme pour toutes les régions du japon où des élévations des débits de dose ont été constatées.

Pour cela, comme la CRIIRAD l’indiquait dans ses précédents communiqués, il est indispensable de connaître les niveaux de contamination de l’air : les activités volumiques, en Bq/m3 (becquerels par mètre cube d’air) pour chacun des radionucléides présents, en tout cas pour les plus significatifs sur le plan sanitaire. Il est indispensable de connaître l’activité des produits de fission comme l’iode 131, le césium 137, les isotopes du krypton et du xénon … et des transuraniens (isotopes du plutonium, de l’américium…).

– Le 2ème paramètre clef pour l’évaluation des risques encourus par la population concerne l’intensité des dépôts au sol qui détermine en grande partie le niveau de contamination de la chaîne alimentaire.

– Rappelons qu’à ce jour, on ignore tout de la quantité de radioactivité rejetée dans l’environnement. Les déclarations officielles parlent volontiers de rejets « contrôlés ». Cette présentation est plus que discutable. Il s’agit en fait de rejets radioactifs associés aux opérations de dépressurisation, opérations dictées par la nécessité (entre 2 maux, il faut choisir le moindre) et qui ne permettent absolument pas de contrôler la radioactivité émise. A cela s’ajoutent les rejets associés aux incendies, ruptures de tuyauterie ou autres incidents qui sont eux totalement hors contrôle.

Quels sont les niveaux d’exposition à 100 ou 200 km de la centrale de Fukushima ?

Les mesures qui suivent sont des mesures du débit de dose, exprimées µSv/h (microSieverts par heure) ou µGy/h (microgray par heure) Elles renseignent sur le niveau d’exposition externe. Les résultats sont à comparer au niveau normal (ou bruit de fond naturel, ou niveau de rayonnement ambiant) qui est inférieur à 0,1 µSv/h (de l’ordre de 0,03 à 0,06 µSv/h sur les zones que nous avons examinées.

– AU NORD – CENTRALE D’ONAGAWA

– La centrale d’ONAGAWA est située à environ 120 km au Nord-Nord-Est de FUKUSHIMA DAIICHI. Les résultats sont donnés par 6 balises implantées sur le site, tout autour des installations.

– L’augmentation des débits de dose semble avoir commencé le 12 mars autour de 19h (heure locale – HL, soit 11h heure française – HF) : 0,2 µSv/h à 21h ; 0,4 µSv/h à 22h.

– Aux alentours de minuit, les débits de dose augmentent très fortement (facteur 100), dépassant 10 µSv/h avec un maximum de 21 µSv/h le 13 mars vers 2h du matin (soit 500 fois le niveau normal). Depuis lors les niveaux diminuent assez régulièrement (léger pic à 8,3 µSv/h vers 10h le 13 mars) mais lentement.

– Ce mardi 15 mars à 16h HL (8h HF), les résultats sont compris entre 1,1 et 5,4 µSv/h.

Ces valeurs restent près de 100 fois supérieures à la normale et attestent de la présence persistante de masses d’air contaminées et/ou du rayonnement émis par les particules radioactives qui se sont déposées au sol.

– Les conditions météorologiques devraient devenir favorables d’ici quelques heures (et pour probablement 24h), avec des vents soufflant du nord-ouest (et repoussant les masses d’air contaminées en provenance de FUKUSHIMA DAIICHI vers le sud-est). Ces vents de secteur nord-ouest pourraient se maintenir au moins 24 heures.

– Informations à vérifier et actualiser à : http://www.jma.go.jp/en/jikei/313.html

– AU SUD – TOKYO

– L’agglomération de Tokyo est située à 230 km au Sud-Sud/Ouest de Fukushima Daiichi.

– Le lundi 14 mars, les résultats disponibles indiquaient des niveaux de rayonnements normaux, fluctuant autour de 0,05 µSv/h.

– La municipalité de Tokyo a annoncé que le débit de dose avait atteint 0,81 µSv/h entre 10h et 11h (HL), soit une multiplication par 16 du bruit de fond, avant de redescendre à 0,075 µSv/h. Ces valeurs traduisent l’arrivée, puis le reflux – provisoire ? – de masses d’air contaminé sur la région.

– Sur le site nucléaire de TOKAI (115 km au Sud-Sud/Ouest de Fukushima Daiichi), l’élévation a été légèrement plus importante, atteignant ce matin 1,2 µSv/h (contre 0,03 à 0,05 µSv/h la veille au soir). Cette évolution était prévisible vu le changement d’orientation des vents annoncés hier.

– Ces valeurs sont généralement qualifiées de négligeables sans que les responsables ne donnent aucune précision sur la nature et la concentration des produits radioactifs qui sont à l’origine de l’élévation du débit de dose. Pour évaluer les risques radiologiques et conseiller utilement la population sur les précautions à prendre, il faut connaître le niveau de contamination de l’air que respire la population.

– Il est en particulier nécessaire de connaître les niveaux de contamination en iode radioactif (iode 131, iode 132…). Il faut savoir que les plans de gestion des situations accidentelles ne prévoient de distribuer des comprimes d’iode stable qu’à des niveaux de dose que la CRIIRAD considère comme trop élevés. En France, par exemple, les comprimés ne devaient être distribués que si les autorités prévoyaient des doses équivalentes à la thyroïde de 100 mSv ou plus. Ce chiffre a été abaissé à 50 mSv en mais il reste 5 fois supérieur à ce que recommande l’OMS pour les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes (10 mSv). Une totale transparence sur ces valeurs est indispensable pour déterminer si la protection des personnes est ou non assurée, et à quel niveau, que ce soit à Tokyo, ou plus encore dans des zones plus proches des sources de rejets radioactifs.

Ce travail de compilation des niveaux d’irradiation est en cours. Il sera actualisé progressivement sur le site de la CRIIRAD.

  • Mesures de protection : quelle efficacité ? (en cours)
  • Evacuation
  • Confinement
  • Protections respiratoires
  • Comprimés d’iode stable (iodure de potassium)

En savoir plus :http://www.criirad.org/

 

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