Des voies nouvelles pour la viticulture

Le canton de Beaujeu a été profondément marqué par la viticulture et il l’est toujours. La vigne a façonné les paysages au fil des siècles et, la magie du vin aidant, elle a influencé le caractère des habitants auquel elle a donné un sens très vif de la convivialité, de l’humour et de la fête.

Les historiens et les sociologues parlent aujourd’hui de civilisation du vin, le vignoble Beaujolais en est l’un des exemples les plus réussis mais pour combien de temps encore ?

Une crise particulièrement cruelle agresse le vignoble. Si elle est moins brutale que l’avait été il y a plus d’un siècle :  le Phylloxera, elle est certainement beaucoup plus sournoise. Elle affecte physiquement le paysage où se voient désormais,  des vignes soit à l’abandon et qui sont infestées par les maladies, soit arrachées et qui deviennent des friches. Elle atteint surtout le moral des hommes, les viticulteurs tout d’abord qui sont confrontés à des situations de grande désespérance; les nouveaux habitants également qui découvrent le revers de la médaille  d’un cadre de vie harmonieux et d’une sociabilité heureuse,  qui les avaient charmés et qui maintenant se délitent  et s’enfoncent dans la déprime.

Cette crise provient de multiples causes, qui ont pour commun dénominateur un changement radical des modes de produire, de vendre et de consommer. Le vin occupe une place moindre dans la consommation des français. Avec la mondialisation, de nouveaux marchés se sont ouverts, ce qui a été une chance ; mais de nouveaux producteurs, notamment en dehors de la vieille Europe, sont apparus suscitant une concurrence accrue sur les marchés extérieurs ;  ce qui est devenu un obstacle,  avec lequel il va falloir désormais compter. La mondialisation a ainsi conduit,  depuis une dizaine d’années,  à des situations de surproduction et à un renforcement du pouvoir de la distribution (comme dans d’autres secteurs de l’agriculture). Il en est résulté des stocks, de la mévente et les prix ont été tirés vers le bas. Même si se ressent en ce moment un certain frémissement positif,  la contrainte restera durablement structurelle,  mettant en jeu l’existence d’un vignoble qui ne pèse guère plus de 0,5% du vignoble mondial.

Le Beaujolais étant formé de nombreuses petites exploitations, le choc pour celles-ci est d’autant plus dur. Il a été aggravé par l’endettement pour les exploitations qui s’étaient équipées dans les tous derniers temps de la période faste. D’où des fermetures d’exploitation parfois dramatiques, la défection des jeunes pour la reprise des exploitations, le rachat par le négoce d’un certain nombre de domaines ainsi que le développement de quelques coopératives s’efforçant de grossir et de s’imposer ;  mais qui connaissent elles aussi des difficultés, au point que certaines apportent leur force de travail à des propriétaires.

Une nouvelle sociologie et une nouvelle géographie du foncier se dessinent. Elle n’est pas sans dangers pour les exploitants individuels vendant une partie plus ou moins importante de leur production «à la bouteille»; lorsqu’ils en ont les moyens et l’énergie,  ils reprennent sous des statuts juridiques variés des parcelles qui se libèrent ici et là afin de se constituer une gamme élargie; ils sont désormais pris en tenaille entre le négoce (certains pour s’en libérer prennent la carte de négociant) et les coopératives. Ils risquent fort de disparaître ou de ne constituer demain qu’une petite minorité. Cette transformation silencieuse peut conduire à la disparition d’un type d’humanité et de relations sociales,  ainsi qu’à celle d’une certaine façon de concevoir la typicité du produit. Ce serait une très grande perte.

La situation des exploitants individuels, ces artisans créatifs du vin, qui ont fait et font toujours le génie du vignoble, est donc devenue particulièrement difficile : ils travaillent très dur (alors qu’ils auraient du travail à donner mais ils n’ont pas les moyens de le rémunérer) tout en étant soumis à de multiples tracasseries, voire à des jalousies anciennes (liées à l’époque faste) et parfois même à une certaine incompréhension (ils sont considérés comme des pollueurs alors que cette critique devrait porter sur le système dont ils sont les victimes). Ils sont les parents pauvres de la transformation en cours du vignoble alors qu’ils devraient en être le centre. Malheureusement pour eux les grandes institutions trouvent sans doute plus simple de traiter avec des grosses structures plutôt qu’avec les petites structures qu’elles jugent trop nombreuses. Il n’est pas à exclure que plus ou moins délibérément,  elles aient le projet de restructurer le vignoble de telle sorte qu’elles n’aient plus demain en face d’elles qu’un nombre restreint d’acteurs d’une certaine taille. Comme fonctionnaire je connais le penchant normalisateur néfaste des bureaucraties, que j’ai,  à chaque fois que je l’ai pu durant ma carrière, combattu du dedans, souvent avec succès.

Privilégier la standardisation et la concentration est une lourde erreur. Les exploitants individuels qui cultivent la vigne de générations en générations sont les plus proches de la société paysanne que  «Europe écologie les verts» veut maintenir et développer. Il serait économiquement contreproductif et humainement injuste de les abandonner. Les aider constitue une urgence majeure. C’est le coeur de mon programme.

Certes le conseil général ne peut pas à lui seul résoudre une crise dont les causes dépassent le cadre local ;  mais il peut contribuer à faire évoluer la situation dans un sens plus positif. Dans le cas du vignoble,  il est exact qu’il a répondu à la demande d’aide de la viticulture. Avec le recul, certains responsables professionnels, notamment dans les crus, estiment qu’en renforçant fortement les incitations à l’arrachage,  le département a joué un rôle positif dans une situation d’urgence. D’autres au contraire estiment que cette « euthanasie » n’a pas toujours été bien maitrisée et que des bonnes parcelles ont été perdues. Je pense pour ma part que le Conseil général aurait pu voir plus grand en ce qui concerne le budget qu’il avait mobilisé à l’époque sur trois ans. Les15 millions d’euros de ce budget équivalent à l’estimation du cout de fonctionnement annuel du musée des confluences, si celui ci finit pas voir le jour. Sur les 15 millions du plan viticulture seulement 4,5 ont été affectés à la promotion !

La disproportion entre ce que prend la ville et ce que reçoit la campagnes est très forte. Elle s’explique par le fait que les relations entre l’agglomération lyonnaise  et le monde rural sont devenues inégalitaires et cela au détriment des ruraux. Le monde rural est de plus en plus ponctionné par l’agglomération.Il est urgent de revenir à des rapports plus équitables. En ce qui concerne la viticulture,  le conseil général doit mobiliser beaucoup plus de moyens en faveur du vignoble afin cette fois ci de le promouvoir et de le moderniser,  et cela sans jamais perdre de vue les enjeux sociaux de la mutation. Telle sera ma ligne de conduite comme conseiller général.

Trois objectifs sont à poursuivre :

1)Répondre immédiatement à la désespérance sociale des viticulteurs

2)Soutenir activement la restructuration et la modernisation du vignoble

3)Coordonner les moyens au plus prés du terrain et des intéressés

1- Répondre immédiatement à la désespérance psychologique sociale des viticulteurs

Il faut regarder en face et sans tabous le scandale de la profonde désespérance sociale et psychologique des viticulteurs. Elle tient en un chiffre: une trentaine de suicides pour une population de quelques milliers d’exploitants, ce qui est sans commune mesure avec le nombre voisin de suicides auquel à été confronté France Télécom pour des dizaines de milliers de salariés. Les suicides en milieu agricole peuvent entrainer de nombreux dommages collatéraux : c’est la rupture de la transmission de la terre qui est au cœur de la société paysanne, c’est la cascade de difficultés et de malheurs qui s’abat sur la famille du suicidé, c’est le sentiment d’extrême isolement et de souffrance qui écrase les proches et au fil des drames la disparition progressive des solidarités.

S’il n’est guère parlé de ces suicides de viticulteurs c’est parce qu’ils sont ressentis comme un acte de faiblesse et qu’ils sont considérés comme comportant un risque de mauvaise image pour la profession. C’est faire preuve d’aveuglement ! C’est se refuser à voir qu’il n’y a pas de performance économique possible sans sérénité sociale ni confiance dans les solidarités et c’est encourager le « chacun pour soi ». C’est se refuser aussi à voir que les viticulteurs qui se suicident sont les victimes d’un système, comme le sont leurs collègues éleveurs et producteurs de lait, comme le sont dans des pays émergents les agriculteurs étranglés par les multinationales. Une telle situation ne peut pas être acceptée, l’humain doit primer, et il faut immédiatement apporter une réponse forte à cette désespérance psychologique et sociale sans précédent.

Il faut tout d’abord renforcer la détection et l’écoute des situations de désespérance. Ce n’est pas facile parce que le monde paysan est dur à la tache et extrêmement taiseux. Des travailleurs sociaux cependant s’y emploient aidés par des viticulteurs mais ils manquent de moyens. J’ai été sidéré lorsque j’étais membre de la CCRB d’avoir du insister fortement, aidé heureusement par les élus de Vauxrenard et par le président de la CCRB, pour obtenir que soient versés quelques petits milliers d’euros à une association qui vient en aide aux viticulteurs en difficulté. La subvention a été acceptée de justesse ; il y a eu beaucoup d’abstentions : c’est désolant et révélateur de la tentation du renoncement qui a gagné notre société .«Europe Ecologie les Verts» a inscrit à ma demande expresse dans son programme que soit mis en œuvre un programme énergique afin de répondre à la désespérance de la viticulture et de l’agriculture. Les actions qui pourraient être mises en œuvre seraient les suivantes :

Une assistance psychologique et sociale renforcée de façon à ce que la détection et la prévention des situations extrême puisse se faire à temps.

-Une assistance financière réalisée par des professionnels afin de desserrer la contrainte de la dette en s’inspirant d’actions réussies ailleurs en France et qui sont transférables chez nous.

-La promotion d’une mesure de la loi d’initiative économique permettant de soustraire les biens propres (maison notamment) de la mise en liquidation de l’exploitation.

-Une coordination avec les créanciers afin que ceux-ci alertent suffisamment à temps les personnes susceptibles de connaître des difficultés et que des mesures soient prises, à défaut on pourrait envisager que les institutions qui auraient failli dans leur devoir de prévention soient poursuivies par le conseil général.

Ces mesures devraient éviter le pire mais elles ne régleront pas tout et notamment la question du revenu. L’assistance ne peut être qu’une solution transitoire. Comment trouver dans la période actuelle de transition du vignoble des activités qui puissent apporter un revenu complémentaire à des viticulteurs en difficulté, permettre aux uns de tenir jusqu’à la retraite et aux autres de passer un mauvais cap ou de les amener à se reconvertir vers une autre activité, ou encore de faire de celle-ci une activité complémentaire ?

S’il est exact comme le soutiennent de nombreux responsables professionnels qu’il faut encore réduire les surfaces cela doit se faire sans entrainer une nouvelle casse sociale aveugle et brutale.

Je ne vois pas d’autre solution que la mise en place d’un plan de soutien portant sur des activités d’intérêt général ouvertes aux viticulteurs et s’étalant sur les années de transition. Ce plan devra déroger à certaines des règles qui font qu’aujourd’hui beaucoup d’exploitants ne peuvent pas bénéficier de certaines des mesures existantes en faveur de l’emploi. S’il fallait, par exemple, leur appliquer les règles en usage pour les chantiers d’insertion le coût de l’encadrement requis ferait exploser le budget tout en étant inutile à l’égard de professionnels débrouillards qui ont appris à faire par eux-mêmes beaucoup de choses. Il faut donc adapter localement les textes en cause.

Les créneaux d’activités d’intérêt général remunérables, notamment en ce qui concerne la question du paysage et du cadre de vie, ne manquent pourtant pas; de nombreuses tâches pourraient être utilement confiées à des viticulteurs en liaison avec l’artisanat local, par exemple :

  • L’entretien des friches et des sentiers pédestres, la réfection des murets
  • La restauration des «serves» et la protection des zones humides, tampons pour lutter contre l’érosion
  • La restauration du petit patrimoine rural
  • La réhabilitation de l’habitat ancien
  • Les travaux liés aux économies d’énergie

A cette occasion des formations pourraient leur être dispensées leur permettant d’acquérir des compétences nouvelles touchant par exemple la commercialisation, le tourisme et l’environnement ou encore de consolider des compétences acquises sur le tas.

La loi permet à des collectivités de demander que soit expérimentée sur un territoire donné une application différente des textes régissant tel ou tel dispositif sous la condition que les résultats de l’expérimentation soient ensuite transférables ailleurs Ce devrait être justement le cas,  puisque les problèmes de notre vignoble sont voisins de ceux des autres vignobles,  et pour certains des aspects de la démarche à initier,  c’est l’ensemble de la ruralité qui pourrait même être concernée. Autrement dit,  il s’agit de tester en toute légalité des mesures qui seraient illégales ailleurs.

Une telle démarche suppose l’accord du gouvernement et du législatif et donc qu’elle fasse l’objet d’un très large consensus. Il est indispensable qu’elle ne soit pas polluée par une quelconque récupération partisane. Je suis certain que les élus nationaux de notre territoire qui ne sont pas de mon bord politique en auront l’intelligence et la générosité. La démarche doit être partagée et pilotée sans réserves par tous,  avec comme seul souci celui de mettre un terme à des drames humains intolérables. Ma candidature,  sous la bannière des verts,  n’est qu’un moyen pour moi, en tant justement qu’être humain, de poser un problème dont personne n’a le monopole de la solution; celle-ci doit vraiment être consensuelle et partagée sans que quiconque en revendique ensuite le mérite. C’est sans le moindre état d’âme possessif que je partagerais la démarche avec d’autres le moment venu.Je ne serais jamais ,s’agissant de problèmes d’une telle charge d’humanité, le gestionnaire égoïste de mon appartenance politique.

2 – Soutenir énergiquement la restructuration et la modernisation du vignoble

Les mesures sociales pour nécessaires qu’elles soient allègent la souffrance mais ne guérissent pas les blessures. Elles doivent être complétées par des mesures d’ordre technique et économique permettant au vignoble de retrouver son dynamisme et de franchir le cap difficile de la crise et aux viticulteurs de vivre normalement puis d’obtenir une retraite décente.

Le consensus est général sur la nécessité d’une restructuration du vignoble mais dans la pratique cela ne se fait pas toujours avec la maitrise et la cohérence nécessaires. S’il est arrivé, par exemple, que l’on ait arraché d’excellentes parcelles, cela tient sans doute à une insuffisance d’explication, d’animation et d’accompagnement et au repli sur eux mêmes qui va en grandissant de nombreux viticulteurs cernés et écrasés par leurs difficultés propres. Par restructuration du vignoble il faut entendre justement les éventuels échanges de parcelles qui auraient permis d’éviter que des bonnes terres à vigne,  notamment en coteaux, retournent à la friche; par restructuration il faut entendre aussi le changement des modes de conduite de la vigne qui appellent un autre type d’espacement des rangs ou encore un autre type de taille.

Ce sont autant de préalables à la modernisation du vignoble qui demandent du temps et de l’argent et qui réclament d’être compris et voulus par les intéressés. Sans doute quelques décennies seront nécessaires, parce qu’une parcelle restructurée ne produit pas tout de suite. Il faudra procéder par étapes, au cours desquelles,comme il a été indiqué plus haut,  il faudra trouver les activités complémentaires permettant aux intéressés de vivre décemment.

Le consensus est également général sur la modernisation mais il bloque sur un certains nombre de sujets comme par exemple le recours à la machine à vendanger,  qu’un espacement diffèrent des rangs et un autre mode de taille pourrait rendre possible. La mécanisation pourrait pourtant réduire sensiblement les couts en raison de l’importance du poste vendanges dans les comptes de toute exploitation. Mais il est objecté qu’elle créera une inégalité entre ceux qui peuvent l’utiliser parce que leurs parcelles ne sont pas trop en pente et ceux qui se trouvant en coteau ne le pourront pas. Des solutions pourraient être sans doute négociées en vue d’assurer une compensation. Une autre difficulté qui réside dans le coût de ce type de matériel pourrait être levée par la création de CUMA réunissant plusieurs exploitants, le raccourcissement de la durée des vendanges par la machine permettant que plusieurs viticulteurs s’en partage l’usage tout en profitant au mieux de la météo. Le créneau pourra également être occupé par des entreprises individuelles dynamiques comme c’est déjà le cas avec l’embouteillage. Tout est possible. On doit tout examiner. Je crois fermement que le vignoble doit éviter toute querelle du type « les anciens contre les modernes »; il doit accepter les divergences individuelles : partisans du raisonné ou du bio, du thermique ou de la vinification de « terroir », de la vendange à la main ou de la machine ont plus à gagner en se rassemblant autour de l’essentiel et en retissant des solidarités qu’en perdant du temps dans de stériles polémiques. C’est la responsabilité du politique de faciliter ces échanges collaboratifs et de soutenir la mobilisation de l’intelligence collective qui en résultera.

Comme je représente dans l’élection cantonale «Europe écologie les verts» il va certainement m’être demandé si je défends l’idée d’un passage au bio de l’ensemble du vignoble qui se ferait à marche forcée. La réponse est évidemment non. Certes les «verts» aideront vraiment et spécifiquement ceux des viticulteurs qui voudront se convertir au bio car le choix est courageux et difficile. Nous ne ferons pas cependant de cette conversion un point de passage unique et obligé pour l’obtention des aides car la priorité aujourd’hui, c’est de stopper la désespérance des viticulteurs et de soutenir la restructuration et la modernisation du vignoble.

Nous savons, en outre,  que dans les conditions actuelles le bio n’est accessible qu’aux seuls exploitants qui disposent de suffisamment de terrain pour organiser une conversion progressive et de ressources financières leur permettant d’encaisser le choc des années précédant la certification. C’est pourquoi le passage en bio est entrepris en Beaujolais par peu d’exploitants ou alors par des passionnés prêts à beaucoup de sacrifices et de prises de risque . A cela s’ajoute les contraintes climatiques propres au vignoble : que faire si l’on est confronté à un été pluvieux et à l’oïdium ou au mildiou ? –  Que faire pour repousser la concurrence de l’herbe qui est évidemment moins forte dans les vignobles du sud que désherbe naturellement le soleil ?  – Enfin il ne faut pas nier que trop de «bouillie bordelaise» risque de charger le sol en cuivre qui est un métal lourd difficile à dégrader mais que dans la viticulture bio le recours au cuivre est souvent   inévitable. Ce sont de vraies questions. Il faut y répondre avec pragmatisme, sans passion inutile.

Il y a des solutions et des réussites qui sont à faire connaître et des échanges d’expériences seront à promouvoir activement entre «bios» et «non bios». Un effort de recherche scientifique est surtout indispensable afin de trouver des alternatives aux traitements; le conseil général pourrait en liaison avec les autres départements viticoles,  inviter l’INRA à s’y engager et y aider de telle sorte que l’on puisse explorer et tester toutes les pistes possibles comme par exemple le recours aux «produits naturels peu préoccupants» (PNPP), c’est à dire les préparations de plantes que l’on redécouvre et qui font déjà l’objet d’expérimentations de la part de l’INRA mais avec des moyens bien trop limités. La recherche sera également nécessaire en matière de matériels. Déjà des progrès notables ont été accomplis en ce qui concerne l’optimisation de la pulvérisation des produits.  Nombreux sont les viticulteurs qui réalisent maintenant que réduire les intrants constitue une économie qui améliore la rentabilité sous condition néanmoins de ne pas se trouver dans une situation d’insécurité excessive. Pour un exploitant qui vend « à la bouteille » sur un marché de niche une récolte perdue peut être une catastrophe.

Il reste cependant évident que la perspective d’un vignoble aussi «clean» que possible sur le plan des traitements et qui plus est celle (lorsque cela sera généralisable) d’un vignoble qui deviendrait en grande partie «bio» bénéficierait d’une image de marque particulièrement positive auprès des consommateurs. La mise en oeuvre de modalités de culture respectueuse de la nature est donc un but à poursuivre avec détermination mais avec réalisme, sans précipitation ni dogmatisme ; réussir cette transformation conditionne la bonne santé économique du vignoble comme notre bonne santé tout court à tous ainsi que la qualité des sols, des eaux et de l’air.C’est également un but autour duquel il faudra communiquer à chaque fois qu’un progrès marquant sera accompli. Et il y en a déjà.

Il convient en Beaujolais de continuer activement l’effort de réduction des intrants chimiques par la lutte raisonnée ; celle ci est à conduire avec beaucoup plus de moyens. Expérimenter en matière agricole prend du temps, c’est le temps des rythmes de la nature, pas celui des procédés industriels ; aussi plus on disposera de tests différents en des lieux variés,  mieux cela sera pour comparer et pour gagner du temps. Mais il faut des crédits. Il est prioritaire de les accorder aux chercheurs et aux techniciens. Ils sont prêts et motivés.

Il est à souligner que la chambre d’agriculture et la profession (comité de développement) mènent un travail remarquable afin de tester comment réduire ces intrants,  afin d’expérimenter d’autres modes de conduite de la vigne, et afin d’évaluer d’autres techniques de traitements par une pulvérisation optimale et économe, c’est à dire bien ciblée et sans gaspillage, affectant le moins possible les sols. L’action d’un mouvement comme « Terra vitis » est également à prendre en considération. La vinification sans levures chimiques ni SO2 qui est à la base du « vin de terroir »s’inscrit clairement dans la perspective d’une approche naturelle . Il convient aussi de saluer la belle victoire significative que constitue le retour des « insectes auxiliaires » dans le vignoble, la lutte « biologique » y remplace désormais de plus en plus le recours aux acaricides. L’enherbement tend, de son coté, à se généraliser. Il est temps de faire monter en puissance et de faire connaitre toutes ces percées novatrices avant que le renchérissement du prix du pétrole matière première de l’agriculture chimique atteigne de sommets infranchissables. Ne serait-ce que pour cette dernière raison qui s’ajoute à la volonté des Etats et des opinions politiques de réduire les pesticides,  le changement est inévitable et il serait vain de s’y opposer. Il faut donc l’aborder dans les meilleures conditions possibles.

Il n’en demeure pas moins qu’il est demandé aujourdhui aux viticulteurs sans doute beaucoup plus d’efforts qu’à bien d’autres catégories. Aussi il faut leur simplifier la vie au lieu de les stresser et de les culpabiliser. Ils se plaignent, avec raison, d’être soumis à des procédures de plus en plus astreignantes (imposés quelque fois par la profession elle même) et d’être l’objet de soupçons désagréables. Je suis effaré par la paperasse qu’il leur est demandé de remplir. Sans renoncer aux exigences de qualité qui fondent ces procédures il est probable qu’elles pourraient être allégées, ne serait-ce qu’en les concevant en liaison directe avec les producteurs et non dans la tranquillité lointaine des bureaux. Demander à plusieurs reprises une même information n’est vraiment pas nécessaire.

Enfin dans le processus de la modernisation une place importante est à donner à la commercialisation. Il ne semble pas qu’il existe beaucoup de dispositifs vraiment accessibles pour les viticulteurs qui vendent «à la bouteille». Chacun aujourd’hui construit son propre parcours avec son «bagout» à soi et sa débrouillardise. Il devrait y avoir place pour une assistance et de la formation «sur mesure» visant à apporter un certain nombre de services et de conseils, voire de trucs, appropriés. Les communes et les intercommunalités pourraient être incitées à aider leurs viticulteurs par des actions de promotion et le conseil général pourrait renforcer cet appui. L’aide que les collectivités pourraient apporter à la commercialisation doit échapper à la règle propre à l’inter-profession selon laquelle le négoce et les exploitants doivent être traités à égalité. Ce qui est imposé concernant l’emploi de « la contribution volontaire obligatoire » ne vaut pas pour les collectivités. Celles ci devraient de façon privilégiée orienter désormais les aides ( notamment celles qui relèvent de la commercialisation ) vers les exploitations familiales et plus particulièrement vers celles qui vendent à la bouteille.

3 –  Coordonner les moyens au plus près du terrain et des intéressés

La grande majorité de mes interlocuteurs me disent que l’organisation et l’accompagnement administratif de la viticulture est extraordinairement complexe et qu’ils ne s’y retrouvent pas facilement.

C’est un fait que les institutions en charge de la viticulture ont traversé une période de changements profonds et même de turbulences avec la mise en place des ODG. On sent poindre une sorte de désarroi à l’égard de ces structures ; elles voient fondre avec le temps la base socio-économique formée par les exploitants (et le négoce) dont les contributions financières assurent leur fonctionnement , du coup elles apparaissent d’autant plus coûteuses à leurs contributeurs.

Pour le viticulteur de base,  il n’est pas aisé d’y voir clair dans les politiques qui sont mises en œuvre et dans la nébuleuse des lieux ou il lui faudrait s’adresser. Un remarquable document, préparé par l’UVB et par le syndicat du pays Beaujolais, qui donne une liste probablement exhaustive de tous ces points d’information et d’assistance,  en dévoile en même temps le caractère terriblement labyrinthique et nécessairement changeant,  car les dispositifs évoluent vite.

L’explication de cette complexité qui est constitutive du «mal français» est à trouver dans la multiplicité des acteurs. Leurs modes de fonctionnement et leurs intérêts ne sont pas forcement les mêmes . Les compromis qu’ils passent les amènent ainsi à fabriquer des circuits et des dispositifs excessivement compliqués.

La profession, le négoce, les chambres d’agriculture, l’INAO, l’Etat, la Région et le Département ont leur vision, leurs règles, et ils conçoivent chacun de leur coté leur propre politique. Si l’on veut bien croire qu’ils se concertent il n’en demeure pas moins que tout cela est très technocratique. FEADER, PSADER, PIDA, PDR, Cluster etc. : les intentions sont à chaque fois excellentes mais elles conduisent à un ensemble de dispositifs difficilement compréhensibles pour l’exploitant de base et à un émiettement de mesures qui donne l’illusion que tout est traité.

En réalité cet émiettement peut masquer des discriminations privilégiant les uns et ignorant les autres. Seules les organismes informés à temps et bien équipés parviennent à bâtir des dossiers recevables et cela peut générer un sentiment d’injustice ou du scepticisme. Il y a quelques mois,  il nous a été présenté dans mon conseil municipal un texte du ministère de l’Agriculture, plein de bonnes intentions, mais très long et au vocabulaire excessivement technique. Evidemment cela a fait «pschitt» auprès du conseil municipal mais aussi auprès des viticulteurs locaux !

Comment rendre plus accessible et plus efficace, plus équitables et plus proches des intéressés ces dispositifs ?

Tout simplement en commençant par les simplifier et par les rendre plus accessibles en se rapprochant vraiment des gens de terrain. Il serait utile de s’inspirer des dispositifs d’intervention qui dans des situations de reconversion industrielle lourdes ou dans des actions d’accompagnement de chantiers particulièrement importants ont fait leur preuve ailleurs. Il pourrait être pertinent de constituer une équipe de développeurs économiques et sociaux fortement responsabilisés et en nombre suffisant pour être au plus prés des intéressés afin de bien accompagner la transition. Cette équipe serait mise à la disposition des viticulteurs pour les aider et pour leur simplifier la vie. Le conseil général pourrait être l’initiateur de la démarche et dégager un budget suffisamment consistant afin de «faire levier» et d’entrainer les autres partenaires comme la Région ou l’Etat. L’idéal serait que les outils d’intervention des différents partenaires soient harmonisés, voire même que les budgets de certains dispositifs puissent être rendus « fongibles » entre eux.  Aux grands maux il faut toujours de grands remèdes !

Il ne suffit pas de simplifier, de rationaliser et de se rapprocher du terrain il faut avoir les moyens financiers de le faire. Le dernier plan départemental d’aide à la viticulture était de 15 millions d’euros. 10,5 millions ont été affectés à l’arrachage et 4,5 millions l’ont été à la commercialisation et à la promotion.

15 Million d’euros c’est ridiculement peu, surtout sur 3 ans. Ce sera semble-t-il le cout annuel de fonctionnement du « musée des confluences » mais sur un an, pas sur trois et dont on parlera plus loin. Il faudrait quintupler ce montant.

On m’objectera que le Conseil Général n’en a pas les moyens. C’est faux. Les moyens il les gaspille (cf l’argent englouti dans Rhône Express ou dans les premiers travaux de creusement des fondations du musée des confluences); il les a heureusement encore mais à la seule condition d’arrêter les gaspillage, c’est-à-dire d’abandonner les participations qui se chiffrent en centaines de millions dans des projets aussi contestables que le Grand stade de l’OL ou la poursuite du projet disproportionné du musée des confluences; il les aura encore plus dans les années à venir s’il revoit,  au profit des transports collectifs des équipements de voirie comme le COL, le TOP et divers projets autoroutiers qui vont mettre en jeu des montants de plusieurs milliards d’euros tout en aggravant l’effet de serre et les pollutions !

« Europe écologie les verts » est la seule formation politique qui a identifié ces sources d’économies et qui a fait la critique des connivences entre les grands élus de gauche comme de droite de l’agglomération lyonnaise qui siphonnent de la sorte les ressources publiques au détriment du monde rural !

On ne sait pas assez que 90 % des décisions du conseil général le sont à l’unanimité. Il serait temps que les électeurs ruraux se réveillent et qu’ils comprennent que tout est fait pour les maintenir dans un immobilisme destructeur dont les conseillers généraux représentants la majorité sortante sont les gardiens sans vision ni élan.

Le conseil général contrairement à une idée reçue n’aide pas les ruraux, il les ponctionne abusivement au profit de l’agglomération lyonnaise.

Le canton, et de façon plus générale l’ensemble du vignoble, peut se ressaisir et offrir ainsi en quelques années aux français l’exemple réussi d’un territoire sachant reconstituer ses solidarités en ne laissant personne dans la désespérance,  d’un territoire sachant préserver et valoriser son cadre de vie et ses paysages, d’un territoire assaini par des pratiques culturales respectueuses de la nature et d’un territoire capable de se restructurer et de se moderniser. Nos contemporains ont besoin d’exemples de ce type.  Si nous relevons ce défi ce sera certainement la plus extraordinaire des publicités que nous pourrons mettre en oeuvre pour promouvoir notre canton, sa viticulture, ses activités , son tourisme et surtout l’humanité de ses habitants qui risque de sombrer dans la déprime et le repli sur soi .

C’est pourquoi la cause de la viticulture est au cœur de notre programme et donne tout son sens à nos candidatures, la mienne et celle de Sylvie Goutte-Nesme .Voter pour nous dés le premier tour c’est voter utile, c’est voter pour l’avenir du canton des «beaujolais villages» et des «crus».

Alain de Romefort

 

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