Commerces de proximité et circuits courts


 

Une des grandes inquiétudes du monde rural est la disparition des commerces de proximité (et aussi celle des services publics). Dans le cas de ma commune, cette inquiétude a même été au cœur du débat de la campagne des élections municipales de 2008 et elle est toujours l’objet de discussions particulièrement vives.I l en est ainsi, semble-t-il, plus ou moins partout.

La disparition des commerces de proximité (café, épicerie, tabac-presse-journaux notamment) s’explique par un certain nombre de facteurs objectifs, les réponses qui ont été jusqu’ici apportées n’ont pas toujours abouti, mais il n’y a pas de fatalité. Des solutions originales devraient pouvoir être trouvées de telle sorte que le monde rural ne devienne pas une banlieue dortoir de plus.

 

Les raisons de la disparition des commerces de proximité

Pour les plus âgés d’entre nous, qui se souviennent de ce qu’étaient nos villages,  il y a plusieurs décennies , où l’on trouvait le long de la rue centrale des commerces nombreux et variés (je me souviens du magasin de chapeaux si poétique du centre de Beaujeu).   Nos centre-bourgs sont maintenant devenus tristement déserts.

La création de nombreuses grandes surfaces dans le val de Saône a évidemment beaucoup joué . tellement la formule est intéressante pour une famille qui peut effectuer pour la semaine une large gamme d’achats.

La géographie de nos communes qui s’étirent généralement en longueur (des «en bas» vers les «en hauts») et qui sont composées de nombreux hameaux explique que pour les habitants de cet habitat dispersé il peut être plus pratique d’aller dans un commerce du bourg voisin plutôt que dans celui de sa propre commune si celui-ci est plus éloigné.

Toute une génération de «petits commerçants» qui se contentait autrefois de peu a par ailleurs disparu et n’a pas trouvé de successeurs. Les mentalités ont changé : tenir un café, par exemple, pendant de longues heures dans la nuit n’est pas accepté de tous et nombre de cafés ont adopté pour cette raison des horaires moins contraignants.

Les cafés sont beaucoup moins nombreux qu’autrefois; comme les lieux de convivialité et de rencontre ont changé?  beaucoup de cafés s’adjoignent des activités d’animation musicales ou culturelles en se transformant en cafés à thème. Cela est vrai surtout en ville, mais le devient aussi à la campagne.

Les nouveaux arrivants dans nos villages n’ont pas forcément relancé autant qu’on pouvait l’espérer les commerces de proximité même s’ils aident à leur maintien. Cela tient au fait que les nouveaux arrivants sont des urbains et que certains d’entre eux profitent certainement de leurs déplacements domicile-travail pour faire leurs courses dans la ville de leur lieu de travail ou dans celle de leur gare de départ.

Enfin la remise en question de la consommation de tabac et de celle de l’alcool a forcément contribué à réduire le marché de ces produits.

Quant à la presse, elle connaît une crise qui est liée à ses conditions de distribution qui dans nos campagnes fait qu’il n’est pas toujours facile de trouver un quotidien national tard dans la journée. Demain cette contrainte devrait disparaitre avec sinon le «papier électronique» du moins les «tablettes» du type «Ipad» ; pour ma part je parcours la presse sur mon «Iphone» chaque matin durant le trajet en train qui me conduit à Lyon et je ne lis plus «le monde» que sur l’édition électronique . Cette évolution inéluctable ne fera certainement pas l’affaire des vendeurs de journaux comme il n’y a pas si longtemps le passage de l’argentique au numérique l’avait été pour les photographes ou les mails pour le courrier traditionnel.

Les solutions retenues jusqu’ici pour relancer les commerces de proximité n’aboutissent pas toujours

L’idée qui est le plus fréquemment avancé par les élus locaux consiste à vouloir regrouper dans un même local des activités supposées être complémentaires : café et tabac-presse, épicerie et boulangerie ou encore tous ces commerces, avec diverses variantes, dans ce que l’on appelle un «multiservices».

Sur le papier ce choix semble raisonnable mais comme tout est une affaire de pratique,  la réalité n’est pas toujours conforme à la théorie. Si l’on fait le tour des expériences récemment tentées dans notre canton on se rend compte que s’il y a quelques réussites,  il y a aussi pas mal d’échecs : dans tel village la fonction épicerie a été délaissée au profit d’une fonction café devenue épisodique, ailleurs la clientèle que l’on pensait capter reste fidèle aux commerces du bourg voisin etc…il arrive même car c’est l’un des handicaps de nos villages que des querelles de clans produisent des phénomènes de boycott ou génèrent des formes subtiles de favoritisme dans l’attribution des gérances.

Enfin la création de ces multiservices peut entrainer des investissements mal étudiés ; pour ouvrir un local, une commune pressée de démontrer par électoralisme qu’elle a fait revenir les commerces,  se lancera dans une opération immobilière complexe qui ne sera pas rentabilisée rapidement ou même qui ne le sera jamais.

Les finances locales seront ainsi «plombées» durablement et à travers elles le pouvoir d’achat des habitants. Alors que nous sommes entrés dans une longue période de «vaches maigres » la création d’un multiservices si elle est mal préparée?  loin de préserver le pouvoir d’achat des habitants et la qualité de leur cadre de vie?  le pénalisera.

Des aides existent pour aider à la création ou à la modernisation des commerces mais leur distribution peut être faussée par le jeu habituel des clientélismes pratiqués par les élus des différents niveaux de collectivités,  dont les financements se croisent pour soutenir les projets. N’oublions pas que les subventions qui paraissent alléger la note restent payées au final par l’impôt.

 

Il existe des alternatives notamment grâce aux circuits courts et à l’économie sociale

Dans le domaine du commerce de proximité, comme dans d’autres, il faut innover afin de s’adapter aux temps nouveaux. Une des premières pistes à explorer est celle des circuits courts du type AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Dans mon village une association de ce type a vu le jour grâce à laquelle un jeune maraicher a pu aussitôt s’installer.

Le succès est tel qu’elle a recruté des adhérents dans d’autres communes. Nous sommes environ une quarantaine de familles actuellement, soit 140 personnes environ qui peuvent acheter dans des conditions satisfaisantes de prix des légumes produits localement et qui sont de bien meilleure qualité que ceux des grandes surfaces. Des demandes d’adhésions nous parviennent et nous devrions bientot atteindre la soixantaine de membres.

Une AMAP n’est pas tenue de se limiter aux légumes, elle peut aussi s’entendre avec des producteurs de fruits, de pain ou de produits animaux (lait, beurre, oeufs, fromages,viandes).

En raison des normes d’hygiène et de transformation cela exigera sans doute la mutualisation d’équipements adaptés.

L’option fruits qui est très demandée pourrait (après une phase de nettoyage des sols qui coïnciderait utilement avec le temps de pousse des arbres) permettre la réutilisation de friches, résultant de l’arrachage de parcelles de vignes. On reviendrait ainsi en partie, et sous une forme modernisée,  à la polyculture qui caractérisait encore le vignoble , il y a une cinquantaine d’années.

La principale difficulté réside dans l’accès à des terrains disponibles de façon durable, ce à quoi rechignent de nombreux propriétaires qui pensent qu’ils pourront un jour construire ; alors que cela est totalement exclu par les nouvelles règles d’urbanisme. Il existe cependant des formes contractuelles qui pourraient les rassurer mais encore faut-il le leur expliquer.

 

Il existe quelques projets d’AMAP dans le canton et il pourrait y en avoir beaucoup plus. 8 AMAP pourraient constituer un objectif accessible. Le développement d’un réseau qui se diversifierait sur tout notre territoire pourrait créer des emplois et permettre l’utilisation de terres en friches tout en fournissant, outre les particuliers,également les écoles et les maisons de retraite.

Le marché ne cesse de se conforter. Aujourd’hui on ne trouve pratiquement plus de produits bio dans un large rayon autour de Lyon, les cantines scolaires de l’agglomération raflant tout.

 

Une politique active et coordonnée est donc nécessaire. Dans ce but,  il serait sans doute intéressant de développer des formes adaptées d’économie sociale allant de l’association à la petite coopérative afin de bien impliquer les habitants. Grace à un montage de ce type,  le caveau de mon village a pu être réactivé efficacement par une équipe très motivée et inventive.

L’idée d’une épicerie associative bio intercommunale a par ailleurs été lancée ; elle pourrait revêtir elle aussi une forme intercommunale et elle occuperait un créneau qui répondrait à une demande actuellement insatisfaite dans le canton  à moins d’aller à Villefranche -sur-Saône, Mâcon ou Lyon. La spécialisation bio pourrait être utilement complétée par la promotion de produits du terroirs authentiques et de qualité. Il existe sur le canton et dans sa proximité d’excellents producteurs qui mériteraient d’être plus largement connus.

Il devrait être possible avec internet de faire connaître ces opportunités à des consommateurs se trouvant en dehors du canton , y compris à Lyon et d’y inclure les journées «portes ouvertes» des viticulteurs notamment durant la période des fêtes.

Il va de soi que plutôt  que de se lancer dans des investissements immobiliers couteux,  le recours à des locaux existants ou réhabilitables serait à rechercher en priorité.

Enfin on peut imaginer que ce type d’organisation fortement participatif accueille des services de conseils de toute nature  auxquels les ruraux n’ont pas forcement accès aisément.

Ces initiatives pourraient être éventuellement regroupées dans un nouveau statut juridique, celui de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) qui a pour but d’offrir aux acteurs locaux privés (qu’ils appartiennent ou non à l’économie sociale,  car les commerçants «classiques» ont tout à gagner à s’associer à une telle dynamique collective) et aux collectivités publiques (si elles le désirent) , les moyens de s’organiser pour poursuivre des objectifs communs.

Autrement dit,   une structure qui tiendrait pour le développement économique d’un village,  le rôle joué par le comité des fêtes pour l’animation. Je pense qu’il est sain que le société s’auto-organise de façon solidaire ; qu’elle prenne des initiatives et qu’elle n’attende pas tout des municipalités dont le rôle est plus de faciliter et d’accompagner que de tout régenter et de jouer aux apprentis promoteurs immobiliers et commerciaux.

EELV soutient fortement ces nouvelles approches. L’une de mes premières initiatives,  en tant que nouveau conseiller général sera d’amener le conseil général en concertation avec la Région, l’Etat et la communauté de communes à mettre en oeuvre un plan d’action approprié avec comme critères  :

  • l’emploi
  • le pouvoir d’achat
  • une utilisation optimale des terres disponibles
  • une couverture satisfaisante des besoins en commerces et
  • services de proximité dans le canton

à partir d’initiatives portées par la population.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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