Sylvie Goutte-Nesme

Sylvie Goutte-Nesme
Candidate suppléante
49 ans
Formatrice et coordinatrice sociale
Je suis mère de 3 enfants et l’épouse de Michel Nesme, viticulteur à Lantignié

J’aime beaucoup ce vers de Baudelaire : « J’ai pris de la boue et j’en ai fait de l’or »; peut-être y-a-t-il là  le sens de certaines de  mes expériences de vie ? – Car je crois  avoir fait un peu l’expérience de notre impressionnante capacité  à nous autres, Etres Humains, à nous dépasser, à rebondir dans l’adversité,  à transformer, à transmuter les situations les plus difficiles pour peu que l’on y soit aidé, que l’on trouve la main tendue  : afin de  lâcher prise  et s’ouvrir au renouveau : « Un travail d’alchimiste ».

Enfant, j’ai sans doute vécu plus d’années en ville qu’à la campagne. Et curieusement, je dois fournir des efforts pour visualiser des images et des souvenirs de ma vie citadine. Quand je pense à mon enfance,  ce sont  les moments vécus chez mes grands-parents paysans qui me reviennent  spontanément … Le soleil brille, il fait chaud, Lucie, ma grand-mère,  couverte d’un chapeau de paille, traverse tranquillement la cour,  les poules picorent de ci de là … mon grand-père René,  lui fait la sieste à l’ombre d’une haie  … et dans mes rêveries, une image en appelle une autre ;    le film – Paul dans sa vie – de Rémi Mauger, évoque merveilleusement  ces souvenirs et mes racines. Mais que l’on ne se méprenne pas, loin de moi l’idée que cette vie était idéale – corps usés  et malmenés, « bêtes de somme »… et que je prone  le retour à la « bougie ».

En moi, ce tendre et profond attachement à cette vie paysanne s’est vu rapidement bousculé par mes prises de conscience successives de la pollution et du pillage de la terre, de la dégradation de l’environnement et de sa biodiversité, des lancinantes nuisances causées à  la santé des hommes par inconscience ou négligence ou pire encore,  par cupidité.

J’ai ainsi  traversé des périodes de grands désarrois et de désespoirs, – je pense notamment à l’accident nucléaire de Tchernobyl – et je n’ai eu de cesse de chercher un sens à tout cela,  de chercher à comprendre comment collectivement on a pu en arriver à ce point là, comment le vivant fonctionne, de me former, de chercher l’information, d’expérimenter, partager et comment guériret comment prévenir plutôt que guérir.

Il m’a  fallu donner  un sens à ma vie dans ce monde que je ressentais de plus en plus hostile, difficile et dur ; composer avec un environnement qui malmène et brutalise l’humain ; œuvrer tout de même dans ce monde en respectant mon attachement profond à l’écologie, à la vie paysanne, au respect et à l’épanouissement de l’être humain ; vivre dans l’instant présent, bercée par la fameuse chanson de Moustaki : « nous prendrons le temps de vivre …… d’être libre mon Amour….. »

Pour mes études supérieures, j’avais beaucoup hésité : psycho, philo ou sciences politiques ? : Je voulais comprendre la vie humaine. Soucieuse de réalisme et de globalité,  j’avais opté pour l’institut d’études politiques. Mais j’allais de déception en déception dans cette  formation, avec des collègues étudiants, un corps de professeurs, tout vent debout, collant à un système technocratique froid et rigide.

Au secours  ! – Où était le vivant ? – Où était l’humain ? – j’aurai voulu qu’il soit question de l’épanouissement de l’homme, de la place des enfants, des femmes, des hommes, des personnes âgées , …… d’écologie, de comment mieux partager les richesses, de comment faire pour éradiquer la faim et la misère dans le monde, que chacun ait un logement décent, de comment favoriser la santé, prévenir la maladie, de comment transformer les conditions de travail en véritable activité humaine, épanouissante – ce laborieux et éprouvant travail rançon de notre pain quotidien, comment créer le bien-être humain, comment développer l’accès à l’éducation, à la culture, favoriser la solidarité et  le partage .

Au lieu de cela  des chiffres, du quantitatif, du résultat, de la performance, la culture de l’excellence, la suprématie du mental et de l’intellect avec à la clé un émotionnel bridé et cadenassé  …

Je respirais un peu en amphi de philo politique, d’histoire des idées politiques ou en TD de communication ou de sociologie ….. Tout ici n’était pas  bien sûr mauvais, à jeter,  mais j’étais alors trop vulnérable, insuffisamment armée intellectuellement et émotionnellement pour tirer mon épingle de ce jeu pour ne pas en être le jouet, et suivre mes amis ou collègues étudiants, qui dans la pub, qui à l’ENA, qui dans le commerce international  … Ironie du sort, 30 ans se sont écoulés depuis cette époque et je suis aujourd’hui  au côté d’Alain qui lui  a fait parti de ces étudiants qui ont poursuivi allègrement, ou persisté avec ténacité, tenu dans cet univers où il faut avoir comme on dit : le cuir tanné.

Ma formation à Sciences po terminée, partageant déjà ma vie avec Michel, c’était ici et maintenant à Beaujeu, dans mon microcosme que je tenterais de vivre en cohérence avec mon idéal écologique. J’ouvrais en 1983  « Déclic », au 7 rue de la république, une épicerie bio, ménageant un espace librairie et de vente d’objets de fabrication artisanale – je me formais alors à la fonction de conseillère en nutrition et participais aux premières listes régionales et législatives écologiques.

Je découvrais le bonheur d’être mère, les temps forts de la grossesse, de l’accouchement et de la naissance, l’importance fondatrice de la maternité,  de la sécurité affective et matérielle  nécessaire à l’épanouissement des petits enfants et la difficulté pour une femme de mener de front  vie professionnelle et  maternité.

En licence de psychologie à ce moment là, j’intégrais une équipe de formateurs  et abordais la détresse des personnes en situation de chômage et en difficultés d’insertion professionnelle, également à cette époque, intervenant en établissement pénitentiaire, je découvrais la condition des personnes détenues.

Je créais avec quelques amis, suite à l’accident nucléaire de Tchernobyll’association  Info-vie à Beaujeu  pour relayer sur les cantons de Beaujeu et Monsols,  le travail de la CRIIRAD – commission régionale d’information indépendante sur la radioactivité, créée par Michèle Rivasi et  sensibiliser, mobiliser la population et les pouvoirs publics autour du danger du nucléaire,  puis  par la suite poursuivre ce travail  en informant sur comment  améliorer la qualité de nos vies … ( les pollutions de l’habitat, chimiques, alimentaires, médicamenteuses, médicales,  électromagnétiques,  constituèrent la base  de notre travail d’information … mais également nos besoins en terme de soins et de médecines alternatives, culture, d’éducation, de spiritualité … en proposant des ateliers d’Arts Plastiques, du Yoga …) Nous avons prêché bien sûr dans le désert  et nous n’avons pas eu beaucoup d’échos … Passant à l’occasion,  pour les uns pour des  paranos,  pour d’autres des baba-cools  ou des soixante-huitards attardés : on nous expliquait que le monde n’était pas si dangereux à vivre puisse que l’espérance de vie humaine ne cessait de s’allonger …… Mauvaise nouvelle : ce n’est plus le cas – on commence à constater un net renversement de la tendance.

Sur l’exploitation viticole de Michel,  j’ai été très rapidement confrontée aux limites de la mise en œuvre de mes projets écologiques – j’ai dû accepter une très grosse entorse à mon idéal de vie saine et respectueuse de l’environnement avec la difficulté  pour Michel  de tenter de mener ses vignes en culture biologique pour un ensemble de raisons diverses ; il n’était pas propriétaire,  les vignes qu’il exploitait était trop en pentes et donc difficiles à mécaniser,  à l’époque il était inconcevable et interdit d’arracher un rang sur deux, quasiment impossible de trouver des vignes plates tellement chaque mètre carré de vigne était convoité … nous avions des moyens financiers très limités, les aides publiques inexistantes, les risques financiers trop importants pour expérimenter de nouveaux modes de culture  …. Sans parler du scepticisme, voir du mépris qui régnait à l’époque à l’égard des quelques pionniers taxés  soit de farfelus, soit d’irresponsables. Nous avons songé changer de régions, partir dans le sud de la France pour avoir de meilleurs conditions pour le bio mais nous n’avons pas eu le courage de tout quitter. La reprise de l’exploitation de René Bosse-Platière, viticulteur pionnier en bio à Lucenay, qui prenait alors sa retraite nous avait séduite avant de renoncer : reprendre cette exploitation en bio et en  métayage, financièrement,  nous a fait peur. La volonté de Michel d’avoir une pratique de culture la plus raisonnable possible sur l’utilisation des pesticides, fongicides, insecticides, herbicides, avec l’utilisation d’amendements biologiques restait néanmoins un atout non négligeable mais imparfait – c’était pour moi l’épreuve du principe de réalité.

Au bonheur de la naissance, succéda pour Michel et moi la terrible épreuve de la perte accidentelle de notre premier enfant. S’effondrer, essayer de se relever,  essayer de tenir debout, retomber …. Se relever … Redonner du sens à son existence  – Qui suis-je ? – Que fais-je ? – Où vais-je ? – Reconstruire … tout ça : je connais …..  et aussi faire l’expérience de la force réparatrice et constructrice et salvatrice de la connaissance de soi et de l’art – du formidable processus créateur que nous portons tous en chacun de nous … Et, je créais les Ateliers d’Arts Plastiques de Beaujeu et  « Beaujeu, l’Art dans la Rue », où j’invitais à deux reprises une trentaine de peintres à investir les rues de la ville avec leurs pinceaux et leurs couleurs pour le plus grand plaisir des passants et visiteurs.

Parent d’élèves, je me suis trouvée en situation  d’assurer l’organisation du restaurant scolaire de mes enfants ; j’initiais, avec le précieux soutien  des enseignants et du président du sou des écoles de Saint Didier sur Beaujeu de l’époque, des repas préparés sur place avec des produits frais, biologiques, d’appellation ou issus des fermes environnantes sans augmenter le prix du repas et en travaillant l’éducation  du goût des enfants et leur initiation à la diététique.

La crise viticole est venue d’abord à bas bruit, avec son cortège d’angoisses sourdes, de terreurs nocturnes, de pertes d’identité, de tensions, de sentiments de culpabilité, de honte, de dettes, d’arrogances de la part de la MSA, des assurances et des banques …. des « autres » qui souvent ne comprennent pas, sans parler de la profession elle-même,   sur un   « travailler plus pour ne pas gagner moins », puis sur un  « travailler plus pour ne plus rien gagner voir perdre de l’argent »  –

Où sont les 35 heures ?  – Les week-ends ? – Les vacances ? – MARCHER OU CREVER –  Pourtant, ça n’était pas faute de s’être bougé : les formations en méthodes de vente, les mailings aux comités d’entreprises, aux professionnels, les étiquettes modifiées, changées, les cartons assortis,  les plaquettes, les cartes, l’adhésion aux Vignerons Indépendants, les représentants sollicités, les concours de dégustation primés à  Mâcon et Paris, les guides honorés, les salons, les foires, Vinexpo,  les livraisons, faire un peu d’export.

Michel avait une seule appellation : Beaujolais-Villages. Il  répète souvent qu’il lui aurait fallu une gamme plus large  pour mieux résister et être plus attractif – mais à l’époque  comment trouver des crus quand tout le monde s’arrachait le moindre hectare de vigne ?

Notre espoir de changer de maison, d’avoir notre maison, quitter cette maison de métayage trop petite, sans confort, humide, difficile à chauffer l’hiver,  s’évanouissait d’année en année : Comment faire grandir nos enfants là ? – Que dire de nos projets de bio-construction ? –Un été Michel avait pu  aider un ami maçon à construire nos murs, le toit avait pu être posé mais il restait tant à faire. Le chantier était stoppé. Michel était trop pris par l’exploitation.

Un jour n’en pouvant plus, m’appuyant sur une  petite aide financière mensuelle de mes proches, je décidais avec l’aide de mon père d’entreprendre les travaux intérieurs de notre maison comme une fourmi, en décidant de ne plus me soucier du lendemain avec  ces 2  phrases chevillées au corps : « à chaque jour suffit sa peine » et « aide-toi le ciel t’aidera ». J’achèterais les matériaux au compte-goutte – isoler, cloisonner, saigner les briques, passer les gaines électriques, lasurer, poser les parquets, les lambris, les carrelages, faire les enduis à la chaux …. Je travaillais comme un homme : le sable, la chaux, la bétonnière n’avait plus de secret pour moi.  C’est comme cela,  petit à petit, cahin-caha que notre rêve de maison saine est devenue réalité.

Et la crise allait en s’amplifiant, Michel a alors fait l’étrange expérience, mêlée de soulagement et de douleur, minée de ressentis muets,  d’arracher des morceaux de vigne. Etre celui qui, dans la généalogie donnerait  le coup d’arrêt au travail de plusieurs générations de vigneron : c’est pas rien.  Quel courage il faut !

Michel et moi devions travailler encore plus pour ne pas sombrer, pour préserver du mieux possible les enfants, ne pas perdre notre maison, en enchaînant des petits boulots d’intérims.  Je vécus  ainsi de très près d’autres  formes modernes d’esclavage humain, pratiquée par certaines entreprises ; abus des horaires décalés et des cadences difficiles voir infernales, mépris  des employés et des salariés, en niant notamment leur capacité à créer, à penser l’organisation et la conception de leur travail ; sans aucun scrupule, ou tellement  dans l’inconscience, la tête dans le guidon  de la rentabilité à tout prix,  aucune précaution  prise,  pour protéger les salariés de certains accidents du travail ou des  risques des  maladies  professionnelles  : respiratoires, de sang, de peau etc …

Mon dieu sauve qui peut ! – Serais-je condamnée à courber l’échine jusqu’à la fin de mes jours  pour des PDG aussi peu scrupuleux, amassant aveuglément des bénéfices pour leur seul profit, œuvrer journalièrement  pour une production insensée et polluante ? – Accepter, apprendre à ne pas résister, sinon c’est pire. Les lamentations incessantes ça rongent.  et  trouver les voies de transformation.

Qu’il me soit donné d’œuvrer là où je peux servir ! Qu’au moins je puisse donner du sens à mon travail en rendant vraiment service à la collectivité,  à mon prochain, apporter du réconfort et travailler avec humanité.

Et bonheur, Il y a un peu plus de deux ans,  la providence m’a subitement conduite à prendre en charge la création et le développement d’un service d’aide à domicile sur Villefranche. Aujourd’hui, je coordonne une équipe d’une vingtaine d’auxiliaires de vie pour le compte d’une soixantaine de personnes ou âgées, ou malades, ou en situation de Handicap. Une expérience qui me place au cœur des réalités sociales  que le conseil général doit prendre en compte et gérer … au coeur  des problèmes liés à la dépendance, à la prise en charge des personnes touchées par la maladie d’alzheimer et au développement  des soins palliatifs.

C’est le hasard, encore lui,  qui me fait me trouver aujourd’hui suppléante d’Alain de Romefort. Notre situation pécuniaire difficile, m’avait fait abandonner mes investissements politiques. C’est une amie qui m’a entraînée à me remettre en selle,  le printemps dernier, pour les élections régionales. Cet été, Yves Durieux secrétaire départemental d’Europe Ecologie – Les Verts me demandait de me lancer dans les cantonales. Je refusais ne me sentant pas de taille. Dans le même temps, Alain me sollicitait pour  que j’apporte ma contribution à un projet d’épicerie associative de produits bio et /ou du terroir à Régnié.

Pour moi,  c’était une évidence, il était l’homme de la situation,   pour plusieurs raisons et  tout particulièrement, au regard de son impressionnant parcours professionnel. Dans mon esprit, l’aventure devait s’arrêter là pour moi ; c’était sans compter sur les nouvelles dispositions électorales imposées désormais au candidat au conseil général : la nécessité d’avoir un suppléant et la parité homme-femme.

D’abord perplexe par tout ce qui nous différencie, je suis aujourd’hui contente de notre combinaison qui forme une belle complémentarité, je crois.  Alain est un homme, un homme de dossier, qui connaît très bien les rouages administratifs et le fonctionnement de l’état, et chose particulièrement  précieuse dans ces sphères de la « France d’en Haut » un homme de cœur, généreux, qui sait écouter. Moi je suis une femme, une femme  de terrain en prise directe avec la réalité concrète, l’humain au quotidien … et la «France d’en Bas ».

Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. Albert Einstein –  Cette citation d’Einstein me taraude depuis longtemps : loge dans ma tête et dans mon coeur.   et je culpabilise – Hé !  Sylvie ! –  T’es où ? – Tu fais quoi ? –  T’es qui ? – Au 16° siècle, Etienne de la Boétie disait déjà : « Ils ne sont grands, que parce que nous sommes à genoux » : Sylvie, tu sais bien les grands ! – les « vaches sacrées » du système, les « belles personnes », les « importants » …… Allez, OUST !  DEBOUT   !!!!   relèves  toi !  Sors de ta torpeur et de ton aliénation au système  :

Je suis heureuse  qu’aujourd’hui la citoyenne  se réveille  en moi et  se mette debout, pour contribuer à renverser la tendance pour inventer et  construire une vie collective humaine solidaire, créatrice de joie et d’harmonie. A tous, nous pouvons beaucoup plus, que nous ne l’imaginons.

Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ! Saint-Exupéry

Il l’on fait, parce qu’il ne savait pas que cela était impossible –   Mark Twain

13  Février 2011

2 responses to this post.

  1. Posted by ingrid on 22 mars 2011 at 7 h 53 min

    Madame

    Vos parcours et propos sont touchants

    Cordialement

    Répondre

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